Il est venu le temps des épées qui se cassent, des boucliers en peaux de renard et de l’aventure. Zelda: Breath of the Wild est arrivé en force avec la nouvelle console de Nintendo, la Switch. Un jeu hors du temps, hors des standards habituels, loué par la planète entière. Un jeu qui sent bon la madeleine, avec quelques petits morceaux de raisins secs au milieu, histoire de tout de même nous rappeler qu’il n’est pas parfait.

Oui, je sais, j’en dévoile déjà bien trop dans cette introduction. Mais que voulez-vous, on ne va pas y aller par quatre chemins. Zelda: BOTW est un grand jeu, un immense jeu (dans tous les sens) et il mérite mille louanges. Il y a, cependant, quelques petits défauts qui viennent entacher l’expérience, et c’est ce par quoi nous allons commencer, histoire de terminer en beauté. Si l’aspect technique de ce Zelda est ouvertement lié à la Switch et, de facto, à la WiiU, il y a tout de même certaines choses qui paraissent inadmissibles. Le framerate aléatoire peut véritablement être gênant, notamment lorsque Zelda tourne en mode portable sur la Switch. On a parfois l’impression que la nouvelle console de Nintendo fait une légère crise d’asthme lorsqu’il y a de nombreux effets à l’écran. Et puis, si la direction artistique oscille entre une forme dessinée japonaise extraordinaire et des tableaux parfois somptueux, le clipping omniprésent et une certaine régularité dans les paysages auront de quoi briser par moment ce sentiment de découverte de panoramas. Heureusement, je vous rassure, ces derniers sont bien souvent à couper le souffle et marquent définitivement de leur emprunte l’exploration et la contemplation. Il reste toutefois certaines textures bien datées qui, elles, ne rendent absolument pas hommage aux artistes japonais.

Je pourrais continuer de pinailler, vous dire à quel point cela m’énerve que les chevaux ne se téléportent pas avec Link, que le système de combat est complètement pété dès qu’il y a plus de deux ennemis à combattre, que passer son temps à faire de la cuisine sans pouvoir réutiliser des recettes connues est énervant, que la gestion de l’inventaire est parfois à la limite du supportable ou encore que casser sa nouvelle épée sur un tronc est autant ridicule que mourir noyé au milieu d’une petite flaque juste parce qu’on n’avait plus d’endurance. Mais je ne le ferai pas. Zelda: BOTW est un grand jeu, alors je vais m’arrêter là pour ce qui est de ses points négatifs (et de ma mauvaise foi).

Zelda: Breath of the Wild, comme son nom l’indique, emmène le joueur dans une aventure en plein coeur d’Hyrule. Une aventure somptueuse, marquée par des dangers omniprésents tout au long de la quête de Link, qui consiste à éliminer le mal incarné par Ganon et sauver la Princesse Zelda. Une mission qui va obliger notre petit homme en pantacourts à traverser monts et merveilles, forêts et grottes, temples et sanctuaires, à escalader à peu près l’équivalent de l’Everest et à manger des glands régulièrement. Là où ce Zelda tire vers le génie, c’est dans son approche de l’aventure. On part un peu à poil, largué au milieu de la pampa, armé de notre bonne volonté et prêt à en découdre avec le moindre ennemi qui, lui, saura taper là où ça fait mal. On meurt souvent mais on ne se décourage jamais et l’aventure, au bout du chemin, là où ce sentier rejoint cette petite montagne, là où ce cours d’eau s’enfile, là où cette petite colline nous offre un point de vue, l’aventure disais-je, se fait omniprésente une fois la manette en main. Rarement atteint dans de nombreux jeux de rôle, ce sentiment d’être légèrement perdu mais en maîtrise rend ce Zelda unique et digne de figurer dans les meilleurs jeux. L’écriture, soignée et discrète, réagit ainsi aux pérégrinations du jeune Link qui s’éveille d’une sieste de 100 ans. On sent que le monde d’Hyrule nous raconte à chaque instant des événements passés à travers des décors dévastés, des personnages rencontrés ou des ruines délabrées. Un véritable sentiment d’aventure qui ne vous quittera plus.

L’aventure, justement, prend des formes parfois bizarres. Si bon nombre de jeux de rôle ont décidé d’imposer un certain cheminement au personnage, Zelda: BOTW laisse libre le joueur de se balader là où bon lui semble. Seul le monde pourrait lui faire barrière. Des ennemis trop puissants, des parois trop longues à escalader ou des températures extrêmes auront souvent raison de Link, bien qu’il existe toujours un moyen de progresser. Il faut simplement oublier les expériences passées pour découvrir ce Zelda d’un œil neuf. Les mécaniques ne sont ainsi jamais expliquées ouvertement, elles se découvrent gentiment. Puis-je glisser sur mon bouclier pour dévaler cette pente ? Oui. Est-il possible de couper cet arbre pour en faire un pont ? Oui, à condition de disposer d’une arme métallique. Etc. La grande richesse de ses mécaniques font de ce Zelda une pépite rare en termes de gameplay et on se demande jusqu’à quel point la physique du jeu a été pensée. L’impression de continuellement découvrir de nouvelles choses après 20 ou 30 heures de jeu force le respect. Zelda: Breath of the Wild est une véritable respiration au milieu d’un univers vidéoludique parfois grisonnant dans son approche.

Il y aurait mille choses à dire sur Zelda, mille manières de raconter ce qu’il contient, et possiblement mille expériences de jeux. S’il n’est pas parfait, il frise le génie. Mais un jeu a-t-il besoin d’être parfait pour être bon ? Non, et ce Zelda le prouve encore une fois. Il prouve également que l’industrie japonaise, en regain de forme, offre un troisième jeu en l’espace de quelques mois (après FFXV et The Last Guardian) qui se détache très nettement de l’esprit du temps et s’approche doucement d’une forme d’expression que je qualifierais de poétique, à défaut de disposer d’autres mots. Je regrette peut-être une musique sensiblement discrète, presque absente alors qu’elle aurait toute son importance dans la réalisation de ce sentiment aventureux. Il n’empêche que cette sensation, une fois acquise, ne se détache jamais et emmène le joueur loin en Hyrule, prêt à affronter tous les dangers, prêt surtout à découvrir et à vivre l’Aventure.