Alors que Battlefield 1 et Call of Duty: Infinite Warfare sont en guerre pour la domination du marché du shooter multijoueur, EA a décidé de jeter Titanfall 2 en plein milieu du champs de bataille pour se faire écraser par les deux mastodontes; c’est bien dommage puisque Titanfall 2 est bien plus rafraichissant que sa compétition et propose beaucoup de bons moments.

EA semble avoir vu la faiblesse de Call of Duty cette année et à voulu lui porter le coup de grâce en déployant tout son arsenal dans les semaines qui précèdent sa sortie. Un stratégie compréhensible, mais peut-être pas judicieuse. Titanfall 2 est en quelque sorte le précurseur d’Infinite Warfare, puisque ce dernier s’est lourdement inspiré du premier Titanfall pour modeler son système de mouvement qui inclut du wall-running et des double-sauts. Rappelons aussi que le développeur de Titanfall, Respawn, a été monté par les fondateurs d’Infinity Ward suite à des soucis judiciaires avec Activision. Même si Titanfall 2 semble avoir le meilleur pédigrée, il n’a pas la même reconnaissance qu’un Call of Duty et on le ressent dans son mode multijoueur qui semble très vide, malgré la qualité du titre.

maxresdefault-4

Le premier volet de Titanfall avait bien été reçu par le public, mais a vite subit un déclin dans sa base d’utilisateurs par manque de contenu. En rétrospective, le consensus est que le jeu n’offrait pas assez pour son prix; le mode multijoueur était maigre et il n’y avait pas de campagne solo. Ce nouvel opus tente de régler le problème: la partie en ligne est plus robuste et, cette fois, on a droit à une campagne solo. Même si le solo est de bonne facture, le multijoueur est encore l’attrait principal; on pourrait se demander si simplement sortir un mode multi et baisser le prix (et sortir plus tôt!) n’aurait pas été une meilleure solution.

Le problème principal de la campagne est que mécaniquement, elle ne marche pas très bien. Tous les mécanismes de Titanfall 2 ont été créés avec le multi en tête et la transition au solo en rend une partie inutile. La grosse différence entre une campagne solo et un multi est le nombre d’ennemis que l’ont doit descendre; alors qu’en ligne il est encouragé d’engager l’ennemi agressivement en sautant de murs en murs, en passant des fenêtres et en faisant des powerslides à la Vanquish, ce n’est pas le cas dans la partie solo parce qu’on dispose des adversaires en quelques rafales seulement. En solo, on se rend vite compte que sauter au milieu d’une foule et tirer dans tous les sens n’est pas une solution viable. On se retrouve vite à devoir recharger son arme alors que trois quarts des ennemis sont en train de nous vider leur chargeurs encore dessus. Tristement, cette dynamique nous pousse à retomber dans les vieilles habitudes et les combats se jouent comme du Call of Duty; on se cache dernière un décor comme une mémé effrayée et on engage à distance avec des fusils d’assaut. Les mécanismes de déplacement sont oubliés. On sent que Respawn était conscient du problème et a tenté d’y remédier avec des ennemis qui attaque à courte portée pour faire sortir le joueur de sa couverture; une bonne idée qui en fin compte empire le problème car le meilleur moyen de se débarrasser d’ennemis qui nous courent droit dessus c’est le plus souvent de rester à distance pour les voir venir. Pour pouvoir tout de même se servir des déplacements dans la campagne, les designers ont inséré des phases de plateforme entre les phases de combat. Une touche, somme toute, pas désagréable vu que le feeling des déplacements est tellement léché.

L’histoire de la campagne est particulièrement décousue et donne l’impression que Respawn a créé des concepts cool qui ont simplement été tissés ensemble par une histoire, au final, peu importante. Du coup, chaque niveau a une atmosphère très différente et propose un nouveau mécanisme qui est simplement oublié une fois le chapitre fini. Il faut dire qu’à part deux excellents niveaux à mi-chemin du jeu, la plupart de la campagne, bien que fun, n’est pas très marquante. Le joueur prend le rôle d’un soldat de milice, s’appelant sûrement Jack, je ne suis plus sûr, qui se retrouve par les circonstances de la guerre en contrôle d’un titan et doit survivre en territoire hostile. Le titan sert de compagnon au héros et grâce à son omniscience inexpliquée donne aussi les instructions pour les différentes missions. Le robot est aussi de loin le personnage le plus charismatique de l’histoire, ce qui en dit long sur notre cher Craig.. heu Jack.

L’atout principal de Titanfall 2 est donc son multijoueur qui est extrêmement bien designé. La plupart des modes de jeux sont divertissants, mais les plus intéressants sont le Bounty Hunt et Attrition qui se servent au mieux des mécanismes du jeu. Ces deux modes ont la particularité de mettre en scène des unités contrôlées par l’IA. Ces unités servent en fait d’objectifs que chaque équipe doit détruire pour marquer des points. Bien sûr, tuer un joueur ou même un titan ennemi confère plus de points, mais ce sont des cibles aussi plus difficiles et risquées. Avec cet ajout intelligent, même les joueurs moins expérimentés peuvent être dans le haut du classement s’ils se concentrent uniquement sur le scoring. La subtilité d’avoir un système dans lequel il faut tirer sur l’objectif est que pour marquer des points, il faut faire du bruit et donc donner une indication sur sa position à l’adversaire. Pour monter son score, il faut donc apprécier le risque pour éviter de se retrouver avec un magasin vide face à un adversaire qui nous a traqué. Des stratégies plus avancées permettent de marquer des points pour ensuite tendre une embuscade aux adversaires qui viennent chercher notre peau. Une tactique extrêmement gratifiante quand elle est réussie.

heb6qececcuwwawf7ejl

La particularité la plus marquante de Titanfall est dans son titre. Le jeu offre la possibilité de faire tomber un titan du ciel pour combattre ses adversaires. Les titans peuvent se battre seuls ou peuvent être contrôlés en montant dedans et ils sont bien plus puissants que les personnages contrôlés par les joueurs.L’exploit de Respawn est d’avoir réussi à équilibrer une telle dynamique. Un affrontement en terrain ouvert d’un titan et d’un pilote résulterait sans aucun doute en une victoire du géant de métal, mais les maps de Titanfall 2 sont prévues pour que les joueurs sans méchas puissent se cacher et mener des tactiques guerrilla contre les titans. Les joueurs sont aussi équipés de gadgets, comme l’invisibilité, le grappin ou un boost de vitesse, qui les rendent difficiles à viser pour les titans un peu lourdaud. Il est tout de même compliqué pour un joueur de descendre à lui seul une de ces montagnes d’armure, c’est pourquoi il est plus efficace d’endosser le rôle de support des titans de son équipe. Les titans fonctionnent sur des batteries qui leur servent de points de vie; il est possible pour un pilote de grimper sur un titan ennemi et de lui arracher une batterie pour ensuite faire l’inverse sur un titan allié. Une action très risquée mais qui peut facilement changer le cours de la bataille.

Même si le jeu possède toujours un arsenal plus restreint que la compétition, chacune de arme proposée est très différente des autres et elles ont toutes leur utilité, ce qui pousse à vouloir toutes les essayer. Les personnages peuvent ainsi équiper un gadget tactique qui ajoute beaucoup de profondeur au jeu; rien que le grappin, par exemple, ouvre de nouvelles possibilités de déplacements à travers la carte, et demande un nouveau niveau d’expertise pour s’en servir correctement.

4559ec728d58743c15cae5f85459aaf8

Il est toujours gratifiant de recevoir une récompense pour avoir bien joué, c’est pourquoi un Call of Duty propose un mécanisme de snowballing comme les killstreaks, alors que les réussites dans les MOBAs donnent un avantage en or et en expérience. Le snowballing de Titanfall 2 est intéressant puisque il est émergeant, ce n’est pas un mécanisme défini par le jeu. Une équipe avec plus de titans que ses adversaires a un avantage certain dans les affrontements. Chaque équipe va donc tenter de garder ses titans en vie tout en essayant de détruire les titans adverses ou en tuant le support potentiel à ceux-ci pour capturer cet avantage. Les parties en ligne de Titanfall 2 sont un entrelacement de mécanismes simples qui produisent au final un tout complexe ou chaque mouvement doit être réfléchi et pris avec attention.

Calé entre deux jeux qui vont dominer la fin de l’année, Titanfall 2 est mal placé pour être une grande réussite commerciale, au point où je crains qu’il sera difficile de trouver des parties hors des heures de pointes d’ici quelques semaines. Pourtant, c’est un jeu qui m’a immédiatement séduit avec la finesse de ses mécanismes et l’intelligence de son design multijoueur. En ce qui me concerne, c’est le seul FPS qu’il me faut en cette fin d’année.