Deux ans se sont écoulés depuis les premiers trailers, deux ans qu’on se demande si tout cela est réel ou juste une énième fumisterie comme on en a connu par le passé. De présentations toujours plus impressionnantes en vidéo à couper le souffle, The Witcher 3 a su faire monter la sauce jusqu’à un degré rarement atteint. Reporté à deux reprises, il a profité de ce temps supplémentaire pour se bonifier. Comme un bon vin finalement. Sauf que The Witcher 3 est loin d’être un vin servi avec une vulgaire salade ou même une viande bien tendre. Non, on le boit lui et exclusivement lui, jusqu’à en être ivre et à regretter qu’il n’y ait pas une autre bouteille. The Witcher 3, c’est le millésime du RPG.

witcher3_en_screenshot_the_witcher_3_wild_hunt_screenshot_35_1920x1080_1425653254

Développé par le studio polonais CD Projekt, The Witcher 3 est la suite de The Witcher 1 et 2 (au cas où ça vous aurait échappé). On retrouve ainsi tout l’univers fantastique initialement imaginé par l’écrivain Andrzej Sapkowski. Le sorceleur, Geralt de Riv, protagoniste principal à défaut d’être un véritable héros, doit retrouver Ciri, sa fille adoptive. Cette dernière est mystérieusement réapparue et est traquée par la Chasse Sauvage, un groupuscule lui-aussi énigmatique. Aidé dans sa tâche par la sorcière Yennefer, son amour de toujours, Geralt va parcourir les Royaumes du Nord, affronter des monstres tous plus horribles les uns que les autres, mais surtout découvrir toute la misère d’une région frappée par la guerre entre deux empires. Doté d’un charisme hors du commun, Geralt de Riv suit une quête qui apparaît comme une enquête, une traque qui le mènera à la croisée de plusieurs destinées.

A la finesse de l’épée se succède celle de la plume

Difficile de vous expliquer en quoi consiste la trame principale sans divulguer d’informations capitales. Du coup, il semble plus facile d’expliquer comment elle s’articule dans un monde ouvert qui atteint des degrés de finition et de cohérence encore jamais vus. La quête principale fonctionne comme une enquête articulée autour des différentes rencontres que Geralt va faire durant son voyage. Les quêtes secondaires apparaissent ainsi toutes inscrites dans le monde, comme façonnées dans le récit de Geralt. Elles ne sont jamais redondantes, jamais identiques et forment à elles seules tout l’attrait de The Witcher 3. Une simple quête secondaire bénéficie de plus de soin et d’intérêt que bon nombre de quêtes principales d’autres RPG. Je n’ai jamais été sorti du jeu par la pauvreté du moment offert, tant les dialogues, les personnages et cette volonté de proposer pour chaque quête une histoire immergent le joueurs. Un véritable coup de maître qui va redéfinir un genre et obliger les autres studios à offrir le même degré d’écriture. Exit les aller-retour, les quêtes fedex et le loot facile: le monde de The Witcher 3 est rude, soigné, cohérent et diablement bien écrit.

Interlude rôle play

Je saute, j’esquive d’une roulade cette wyvern que je dois abattre pour gagner une maigre récompense. Elle s’envole, le soleil m’éblouit, je la perds du regard mais je sens le danger arriver. Mon médaillon vibre, m’indiquant qu’elle est proche. Je me prépare, je bois une potion, je lance mon sort de ralentissement. Elle est là, elle tombe en piquée. En plein dedans. Mon épée est proche de sa gueule, je fais un pas de côté et je taille dans sa chair à ma portée. Ses dents coupantes comme du rasoir ont failli m’avoir à plusieurs reprises. Mais elle cède, elle sent la vie l’abandonner. Dans un dernier effort de m’ouvrir en deux, elle se retourne face à moi et lance ses griffes autant grandes que des armoires. Je me décale d’un simple saut en arrière, je passe sous sa garde et je lui enfonce mon épée dans la gorge. Elle se débat, elle crie, mais ce dernier coup lui ôte la vie. Elle s’effondre tandis que déjà je sors ma dague. Sa tête me servira de monnaie d’échange.

Quelques instants plus tard, je m’en vais sur mon cheval, le soleil est derrière moi. La tête de la wywern est solidement accrochée sur le flanc de mon animal. Le pas est léger, et pourtant, au loin, d’autres cris annoncent un nouveau danger. Pas le temps de souffler…

[youtube width=”720″ height=”405″]https://www.youtube.com/watch?v=hBoCRYX6Vq0[/youtube]

Un système de combat vivant

En ce qui concerne le système de combat, les développeurs ont réussi le pari de mêler action et esquive. Geralt est ainsi capable de sauter et d’esquiver très rapidement afin de passer dans le dos de ses adversaires, qui, eux aussi dans le cas de certains monstres, peuvent se permettre de tourner autour de lui. Esquive, parade bien placée, roulade et taillade font des combats de The Witcher 3 une sorte de chorégraphie fonctionnant au rythme de la musique. Cette dernière accompagne magistralement l’ambiance, offrant des passages inoubliables. Mais Geralt n’a pas que les armes pour se frayer un chemin dans le monde bestiale de The Witcher 3, il possède aussi plusieurs sortilèges, des signes, lui permettant de ralentir ses ennemis, de les brûler ou de se protéger. Le système mis en place permet de sélectionner directement un sort sans vraiment arrêter l’action, évitant de briser le rythme des combats. La prise en main se voit ainsi facilitée par rapport aux opus précédents. De plus, pour aider Geralt dans sa tâche parfois ardue, plusieurs potions et huiles spéciales peuvent être ingérées ou appliquées sur les lames afin de blesser et réduire les caractéristiques ennemies. Un atout indispensable dans certaine situation.

Le renouveau du monde ouvert

Jamais un monde ouvert n’avait paru autant beau, autant cohérent et avec une ambiance marquée. Même si graphiquement, The Witcher 3 n’est pas aussi joli que dans les trailers, il n’empêche que son esthétique reste tout de même extrêmement travaillée. Sans vouloir polémiquer encore une fois, il est clair maintenant que les trailers sont là pour présenter certains éléments sans représenter le jeu final. Qu’à cela ne tienne, la question n’est même pas si pertinente que cela. Le jeu fourmille de détails, allant des PNJ travaillant dans les champs, les enfants jouant dans les rues, le linge séchant aux fenêtres, les gardes patrouillant entre les bâtisses, les herbes bougeant en fonction du vent, les loups chassant en meute etc. Bref, un monde vivant et, au risque de me répéter, cohérent de bout en bout. L’entrée dans la ville de Novigrad offre un des passages les plus impressionnants de l’histoire du jeu vidéo. Rien n’est aléatoire, tout est superbe. Le seul petit défaut, notamment en ce qui concerne les versions consoles, concerne un léger clipping mais qui ne gêne en rien la beauté des paysages affichés. The Witcher 3 s’apparente presque à un jeu de contemplation tant les changements climatiques et les décors donnent des lieux et des moments uniques. Graphiquement différent de ce qui avait été annoncé lors des conférences, The Witcher 3 reste tout de même un des plus beaux jeux du moment.

witcher3_en_screenshot_the_witcher_3_wild_hunt_screenshot_21_1920x1080_1425653244

Que dire de plus sur The Witcher 3: Wild Hunt ? Génial, ambitieux, innovant, frais, voilà les quelques mots qui me viennent à l’esprit. Doté d’une narration extraordinaire où se mêlent quêtes principales et secondaires, le dernier né du studio polonais CD Projekt a de quoi s’afficher comme un des meilleurs jeux de l’année et carrément un des meilleurs RPG de tous les temps. Avec un bestiaire qui ferait pâlir n’importe quel amateur de dark fantasy (petite mention au bébé mort) et des combats vivants et exigeants, The Witcher 3 offre des moments uniques et une ambiance noire et profonde qu’on ne rencontre que rarement dans les jeux vidéo. Le monde ouvert mis en place rend ainsi parfaitement honneur aux ambitions affichées par CD Projekt: donner corps et vie à une terre. Après avoir parcouru ce monde, vous ne verrez plus du même oeil les autres jeux de ce genre. The Witcher 3 révolutionne le RPG, le sortant d’une sorte de sommeil qui le paralysait ces dernières années. Désormais, place à Wild Hunt, la nouvelle référence du genre. 10/10, 20/20, 100/100. Et avec la manière.

The Witcher 3: Wild Hunt. Développeur: CD Projekt. Editeur: CD Projekt RED. Sorti le 19.05.2015, sur PC, Xbox One et PS4. Testé sur PS4