Il était un peu inespéré, pas forcément inattendu, on savait que ça arriverait, mais inespéré. Des années à patienter et à rêver d’un jeu solo estampillé Star Wars, des années à pleurnicher sur une démo de feu Star Wars: 1313, des années à craindre le pire en voyant Electronic Arts délivrer des commandes plus mauvaises les unes que les autres lorsque ce n’était tout simplement pas le gros projet de Visceral Games qui était annulé juste avant que le studio ne soit lui-même fermé. Tout l’espoir reposait donc sur Respawn Entertainment et son énigmatique Jedi: Fallen Order. Une association un peu bizarre au vu du pédigrée du studio plus habitué aux FPS nerveux (Titanfall, Apex) qu’aux aventures narratives.

On ne le dira pas haut et fort qu’on était circonspect face aux différentes présentations de Jedi: Fallen Order mais… on le dira quand même en chuchotant. Après avoir digéré le personnage principal, et vu des trailers mi-figues, mi-raisins, on était en droit de se demander ce qui allait ressortir de ce jeu. Le résultat est finalement aux antipodes de ce qu’on s’imaginait. Ce Fallen Order peut se targuer d’être un très bon triple A, doté d’un gameplay solide et teinté d’une aventure certes classique mais qui a au moins le mérite d’être bien proposée. Le scénario se veut ainsi un pont entre l’épisode 3 et la purge des Jedi et la série Rebels. On incarne Cal Kestis, un padawan ayant survécu à l’Ordre 66 et qui se retrouve sur Bracca, une planète-poubelle où gisent des milliers de vaisseaux prêts à être recyclés. Suite à un accident, ses pouvoirs de Jedi sont découverts, l’obligeant à s’enfuir promptement. Après une première séquence qui rappelle furieusement celle du train d’Uncharted 2, Cal se retrouve emmené dans une aventure à la recherche d’une obscure civilisation disparue qui détiendrait des secrets sur la Force. Accompagné de deux personnages et de BD-1, un petit robot qui a la capacité de le soigner et de pirater certains éléments, Cal va devoir se dépatouiller avec son sabre laser pour découvrir le fin fond de cette histoire tout en évitant deux Inquisitrices chargées de le capturer. Un scénario qui se laisse découvrir et suivre avec un intérêt poli.

En jeu, il va falloir explorer différents mondes qui recèlent un objectif final. Construit comme un MetroidVania, à savoir de manière labyrinthique, avec des chemins qui ne se débloquent qu’après avoir obtenu un pouvoir particulier, Fallen Order détonne dans son approche. On se prête ainsi facilement à l’exploration, à la découverte, bien qu’on enchaîne parfois quelques allers-retours inutiles et longuets. Mais l’ensemble est consistant et se veut ludique au possible. Ce n’était pas gagné mais Respawn a su de manière habile proposer un level design intéressant. En réalité, ce qu’on constate après quelques heures, c’est que Fallen Order respecte le cahier des charges à la perfection, sans jamais chercher à s’en éloigner. Il s’inspire facilement d’Uncharted, de Tomb Raider, de God of War et même de Dark Souls sur certains aspects. Evidemment, il fait tout un peu moins bien, mais l’ensemble reste cohérent et fun. Il n’y a donc rien de révolutionnaire, rien d’extraordinaire, mais pourquoi faudrait-il qu’il en soit ainsi de toute manière ? Demander à une marque comme Star Wars, un produit qui a été baladé entre Disney, EA et Respawn, sachant que le dernier bon jeu Star Wars remonte à plus d’une décennie, d’être révolutionnaire est utopique. Non, soyons réaliste, dire qu’il copie les autres et que donc c’est un point négatif est absurde. Qu’il copie tout, tant que cela reste fun à jouer ! Et de ce côté-là, Fallen Order tape juste.

Cal Kestis est un Jedi et peut donc manier un sabre laser et la Force. Au début de sa quête, ses pouvoirs sont quelque peu brouillés et il faudra se débrouiller sans double saut, traction ou répulsion. Qu’importe, notre arme principale n’est autre que ce bon vieux sabre. D’abord à une lame, il peut ensuite être « upgradé » en double lame sur un monde bien connu qui a sorti le seul personnage capable de manier une telle arme dans les films. Sans spoiler quoi que ce soit, il est possible de l’acquérir assez rapidement dans le jeu. Les combats sont plus durs que ce qu’ils n’y paraissent étant calibrés sur un modèle « Dark Souls » et il faudra s’y faire rapidement pour ne pas mourir à la pelle. Mais une fois bien pris en main, les combos s’enchaînent avec brio dans des chorégraphies dignes des meilleurs combats de la licence. Le sabre a un excellent feeling ce qui ajoute aux combats un véritable sentiment d’être un Jedi. Une fois les pouvoirs retrouvés, la dynamique reste inchangée, si ce n’est qu’on peut enchaîner des combos dévastateurs. Si les combats avec des ennemis inférieurs sont assez rigolos, il n’en va pas de même lorsqu’il s’agit de mini-boss ou de boss de fin de niveau. Préparez-vous à faire chauffer vos poignets tant il y en a qui proposent de véritables challenges. Corsés, ces boss sauront vous faire souffrir pour peu que vous jouiez dans un mode de difficulté élevé. Mais bon, vous avez la Force avec vous, donc ça devrait passer, non ?

Jedi: Fallen Order est possiblement un des meilleurs triple A de l’année. Oui, je sais, il n’est pas parfait, il n’est pas le messie, il n’est pas une révélation, une révolution ou un de ces jeux qui marque une génération. Mais en 2019, il est sans doute l’un des meilleurs dans son domaine. Laissons lui cela. Y jouer, c’est accepter de voir transparaître tous les autres titres cités plus haut. Mais qu’importe, il s’en sort bien, plus qu’honorablement, et il a au moins le mérite d’être un « vrai bon jeu Star Wars » qui ne se fout de la gueule de personne. Grâce à des mécaniques efficaces, des combats qui ont le mérite d’être cool et bien faits, une histoire qui se laisse découvrir sans trop non plus être dans l’exagération, et finalement des personnages plutôt intéressants (Cal Kestis est certes ce héros vu et revu, mais son association avec BD-1 le rend attachant et pas détestable), Fallen Order est un produit taillé sur mesure pour les fans et pour celles et ceux qui voudraient tout simplement un bon jeu solo.