Après plusieurs années d’un travail laborieux et d’une savante mais consciente esquive en matière de communication, le projet de Microsoft et du studio Rare, Sea of Thieves, vient enfin de s’échouer sur nos beaux rivages. La grande question consiste à savoir si ce test mérite d’avoir en son sein de belles métaphores marines savamment tissées encensant les beautés d’un jeu trop souvent filandreux ou, à l’inverse, d’y aller crûment comme on désosserait une vieille frégate ?

Jour 1

« L’équipage n’était pas encore au complet, mais j’étais au moins déjà à quai, prêt à m’envoyer de l’eau de mer dans la tronche. Partir piller des trésors, voilà l’appel qu’on m’avait lancé. Surtout que j’avais déjà repéré quelques petites îles bien fraîches non loin, grâce à ma longue-vue. Et puis en attendant les copains, il y avait de quoi faire sur l’avant-poste où je me trouvais. Enfin, je n’ai pas tout compris, certains locaux ont essayé de me refourguer de la camelote, ou de m’envoyer à la mort rechercher des crânes… non mais qui collectionne ces choses hein?! M’enfin, je suis pirate, pas brocanteur. Une chose est sûre, il va me falloir du matos pour partir à l’aventure, j’ai d’ailleurs vu qu’il y avait des bananes, quelques planches en bois et des boulets de canon qui traînaient par-ci, par-là. Ça devrait largement faire l’affaire. »

Jour 2

« C’est bon, on est tous là. Mush et Founet du bateau SemperLudo et mon second en chef, Grailly, qui arbore pour une fois un nom exotique. Qu’à cela ne tienne, le « Dirty Josianne » va enfin pouvoir s’exprimer en mer. Quelle beauté mes amis ! Une trentaine de mètres de long, trois mâts, des cales à n’en plus finir et un joli bois bien satiné pour se la péter. Non, sérieusement, ça claque à mort. En plus de ça, tout le monde est au taquet, on a voté pour notre première expédition et on va chercher des poules. Etre riche, il paraît que c’est bien  !

Bon.. on a trouvé les poules, ça nous a rapporté 100po, c’est pas la folie. La richesse attendra du coup. Ceci dit, le voyage était vraiment magnifique. On peut être pirate et avoir l’âme d’un poète. Ce ciel déchiré au loin et rosé derrière nous, ce satané vent de face qui nous aura ralenti comme jamais, cette eau translucide et frappée par quelques rayons, il y avait définitivement de quoi poser quelques vers sur un vieux parchemin. On a rentré le « Dirty Josianne » au port avant de s’en coller une à la taverne tout en jouant de l’accordéon. L’amitié, ça commence souvent au fond d’un verre. »

Jour 6

« On a croisé deux trois squelettes, on les a défoncé. Les poules arrêtent pas de piailler dans la cale, c’est énervant. Le bateau avance mal, on a toujours le vent de face, ça aussi c’est énervant. On s’ennuie un peu je dois dire, le temps passe relativement lentement. Il y a bien eu ce bateau ennemi qui a tenté de nous avoir, mais on l’a rapidement coulé. Les types en revenaient pas. On a abordé, le sabre entre les dents, leur navire, explosé le timonier et renversé la poudre, avant de piquer un trésor et de retourner sur notre bâtiment pour tout faire péter à coup de canon. Du grand art. C’était drôle, mais là on se fait un peu chier. Enfin, ça reste joli à voir. »

Jour 10

« Les trois types des avants-postes nous envoient nous balader constamment rechercher les mêmes trucs: des trésors, des crânes ou livrer des poules. Ça devient agaçant. Je suis pirate bordel, pas livreur FedEx. M’enfin, on a repéré deux trois trucs sympa, il y a des crânes géants qui marquent l’emplacement de forts gardés avec de nombreux trésors. On n’a jamais vraiment pu s’y approcher, on se fait défoncer avant. Mais un jour, un jour, si on aura pas pris notre retraite avant. Ah puis la richesse, tiens. On peut en parler ? Non parce que le tailleur du coin, il veut 13’000 balles pour me faire une nouvelle barbe. Le type abuse quoi. Alors je veux bien, il habite un coin paumé, mais il a pas de famille, et franchement, la vie qu’il mène, ça va, c’est pas Ibiza. Mais j’aimerais bien cette nouvelle barbe quand même, ça m’irait bien. Ça signifie surtout qu’on repartirait chercher des p*****s de trésors. Bon au moins, on va pouvoir dire encore une fois que l’eau, elle est belle. »

Sea of Thieves, c’est un peu ce jeu dont personne ne savait de quoi il était rempli, pas même les développeurs, pas même Microsoft. Vide, très beau, sans un contenu digne de ce nom, il passe pour ce titre raté alors qu’il dispose de plusieurs atouts. Tout d’abord, la navigation, au coeur du gameplay, est extraordinaire. Difficile à quatre joueurs, relativement plus tranquille à deux, il faut constamment se parler, régler les voiles, ajuster la direction etc. La monotonie qui s’installe à force n’est brisée que par les discussions et les erreurs des joueurs. Il n’y a pas tant que cela d’imprévu dans Sea of Thieves. On croise, certes, quelques frégates ennemies que l’on pourchasse tant bien que mal afin d’en dérober les trésors durement gagnés. Mais on se rend compte rapidement qu’il n’y a pas tant que cela à faire. Trois types de quêtes, quelques îles magnifiques mais sans aucun secret, et un sentiment incessant qui assaille le joueur, celui d’un jeu qui ne mérite pas son prix ni son marketing.

Et pourtant, de nouveau, il dispose en son sein de ce petit quelque chose qui nous pousse constamment à revenir chercher un trésor ou éliminer quelques squelettes. Sa beauté joue sûrement un grand rôle mais le léger sentiment d’aventure par moment également. L’aventure, c’est finalement ce qu’il reste de Sea of Thieves puisqu’il n’y a pas d’amélioration pour son personnage ou son bateau en dehors du cosmétique. On ne devient donc jamais plus fort grâce aux richesses. Alors on fait toujours la même chose, sans trop savoir pourquoi. Il y a bien cette petite carotte que l’on découvre rapidement avec un personnage caché dans une taverne qui nous enjoint de revenir lorsque nos réputations auront toutes atteint le niveau 5, puis 10, puis 15, puis 20, sans jamais nous dévoiler son secret. On a pourtant envie d’y croire, parce qu’on se dit que « non, ce n’est pas possible d’avoir développé un jeu pareil sur autant de temps, il doit bien y avoir quelque chose au fond ! ». On verra si la mer a déjà révélé tous ses secrets ou si Sea of Thieves va grandir petit à petit jusqu’à devenir un incontournable.

Difficile de vous le conseiller. Si vous êtes seuls, trouvez-vous quelques copains afin de ne pas être déçu d’entrée. Si vous aimez la navigation et les jolis graphismes, alors oui, Sea of Thieves répondra aisément à vos attentes. Il faudrait également y jouer de manière « rôle play » exagérée. Mais n’espérez pas y trouver tout ce qu’un monde de pirate devrait receler. Son contenu est à l’heure actuelle famélique, mais il permet de se faire la main tout en espérant que la suite arrivera rapidement sous peine de voir le jeu de Rare couler au fin fond des jeux ratés.