À la dernière Gamescom, nous étions passés à la section hardware pour découvrir le PC Shadow, un ordinateur gaming dématérialisé qui promettait de belles performances et une très petite latence. Notre verdict était clair, la technologie était très impressionnante, il ne nous restait plus qu’à la tester dans le confort de nos foyers pour être convaincu de la révolution qu’elle apportait. C’est maintenant chose faite. Que vaut donc ce PC Shadow en tant qu’expérience de consommateur en Suisse plutôt qu’en démo en Allemagne?

Rappelons vite ce qu’est Shadow. Ce produit de la start-up française Blade est un PC « qui vit dans le cloud », comprenez par là que tous les composants habituels d’un PC sont rattachés à un serveur et que tout ce qu’il faut aux utilisateurs est un moyen de s’y connecter. En théorie, Shadow est donc capable de transformer un PC modeste muni d’une connexion internet en un machine gaming pouvant aisément tourner les plus gros titres. La plateforme Shadow stream une image du jeu qui tourne sur ses serveurs, mais récolte vos inputs pour vous donner un contrôle direct de ce stream. À la différence d’autres plateformes de cloud gaming comme Nvidia Grid ou Playstation Now, Shadow ne vend pas son service sous forme de jeux, mais plutôt d’un abonnement qui donne accès à un ordinateur Windows complet. Sur Shadow, vous jouerez donc à votre propre bibliothèque sur les plateformes que vous utilisez déjà.

Le service peut être atteint de deux manières différentes; par une application ou par un boîtier fournit par Blade pour un coût supplémentaire.

La structure inhabituelle de Shadow est aussi sa plus grande force. La plateforme permet à ses utilisateurs de changer à la volée de machine à laquelle l’image est rattachée, ce qui permet de commencer une partie chez soit sur un ordinateur et immédiatement la continuer sur son téléphone en quittant son domicile. Nous avons aussi trouvé pratique de pouvoir partager le PC. Quand je n’était pas connecté à la plateforme, un de mes amis pouvait simplement se loguer sur ma session et profiter de la puissance de Shadow pour jouer.

L’inscription à Shadow est pour le moins rocailleuse, de quoi faire fuir même les utilisateurs les plus motivés. Pour commencer, son prix est très élevé et franchement difficile à justifier. Un mois seul coûte 65 francs, ce prix se réduit si une inscription est faite à l’année, mais 40.- reste cher. Ce problème est rendu plus grave par le fait qu’il n’y a pas de période d’essai. Il faut donc débourser une généreuse somme rien que pour savoir si Shadow fonctionne chez soit. Une fois l’argent déboursé, l’entreprise française se permet un délai de 5 jours pour créer votre compte; sur une année ces 5 jours paraissent acceptables, mais sur un mois unique, ils pourraient bien vous faire rater un quart des week-ends couverts par l’abonnement, c’est tout de suite plus problématique.

L’application Shadow tourne sur Windows, Mac et Android. Ce qu’il faut comprendre par là c’est surtout qu’elle ne tourne pas sur iOS et Linux. Deux manques très surprenants. Alors que c’est bien joli de pouvoir tourner une machine virtuelle gaming sur Windows, ce serait bien plus pratique de pouvoir en lancer une sur Linux, qui habituellement n’accueille pas de jeux; d’autant plus qu’un utilisateur exclusif de Shadow préférerait sûrement s’en servir depuis une OS gratuite. L’absence d’une application iOS est, bien sûr, tout aussi problématique puisque une bonne partie des appareils mobiles est complètement ignorée, ce qui limite ce que j’appelle « la plus grande force » du service un peu plus haut dans cet article.

Après avoir payé une belle somme d’argent, attendu 4 jours et avoir trouvé des machines capables d’accueillir l’app Shadow, nous avons enfin été dans l’aptitude de tester la plateforme. Que vaut-elle donc, en Suisse? Malheureusement, notre expérience avec a été bien loin d’être d’optimale. Les problèmes les plus apparents étaient dus aux périphériques qui avaient du mal à se connecter. Pour ma part, chez UPC, il a été impossible de connecter une manette et je n’avais de son que la moitié du temps que ce soit sur Mac ou Windows. L’ami Jorris, chez Swisscom, a eu de meilleurs résultats et a pu compléter la campagne de Battlefront 2 sur Shadow en ne se plaignant que de quelques ralentissements et pics de latence. Malgré mes désagréments j’ai tout de même tenté de lancer quelques parties sur mes jeux préférés. Il faut bien avouer que la latence qu’a réussi à atteindre l’entreprise française est très impressionnante, même sur Rocket League où j’y suis très sensible, le jeu restait fluide et agréable. Sur Playerunknown’s Battlegrounds, même si l’image semblait de bonne qualité, le peu de perte dû à la compression du streaming pouvait être gênante puisque on s’y retrouve souvent à chasser des pixels, un problème sans doute assez limité à ce titre. J’ai aussi rencontré beaucoup de problèmes avec ma souris dont le curseur était souvent invisible ou qui causait des retours Windows ou des pertes de contrôle si mes cliques sortaient du cadre de Shadow ou du jeu en cours.

La puissance de Shadow est suffisante pour faire tourner la plupart des titres modernes en qualité maximale, mais elle était tout de même en deçà de ce à quoi nous nous attendions. Nos quelques tests non-scientifiques nous ont donné des résultats proches de ce que nous atteignons avec une Nvidia GTX 1070. Il y en a sous le capot, mais ce n’est pas non plus du haut de gamme. S’il est agréable que la vitesse d’accès au stockage soit élevée pour réduire les temps de chargement, la limitation à 256Go est des plus étrange. Dans l’environnement actuel, cette quantité d’espace pourrait n’être qu’assez pour 3 à 5 jeux; très peu pour une plateforme gaming.

Avec tous ces défauts, il est bien difficile de justifier le prix élevé de Shadow. Le service est effectivement capable de fournir du streaming d’une machine Windows avec une bonne qualité d’image et une latence réduite, mais tous les défauts rendent l’expérience plus désagréable que pratique. Je ne doute pas que dans un futur pas si lointain, ce genre de produit sera commun, mais Shadow n’est pas ce produit, ou du moins pas encore. Lors de notre mois d’essai, nous avons reçu plusieurs notifications nous annonçant des changements à venir. Une app iOS est en route et une nouvelle solution de stockage est en test, par exemple. En attendant que Blade finisse de peaufiner sa plateforme, si vous avez 480.- par année à dépenser sur du matériel informatique, nous conseillerions encore de vous procurer du hardware local plutôt que de vous jeter sur Shadow.