Ecrit par Igor Rodrigues Ramos

En 2006, sortait sur Game Boy Advance Pokémon Donjon Mystère: Equipe de Secours Rouge, et sur Nintendo DS, sa version bleue. 14 ans plus tard, Spike Chunsoft nous pond un remake de cette première aventure de rogue-like typé Pokémon sur Nintendo Switch. Si l’on ne peut que saluer son arrivée à un moment où le catalogue de sortie de la console est relativement maigre, on est en droit de se demander si le jeu apporte suffisamment de nouveautés en 2020 tant sur le fond que sur la forme. 

Le titre vous propose tout d’abord de répondre à quelques questions qui semblent toutes tirées d’un magazine type Femina afin de déterminer quel Pokémon vous correspond le plus. En effet, l’aventure raconte l’histoire d’un être humain qui s’est retrouvé dans la peau d’un Pokémon à un moment où le monde de ces derniers subit diverses catastrophes naturelles dont l’origine est encore inconnue. Mais pas de panique, peu importe vos réponses, vous pourrez choisir le Pokémon de votre choix ainsi que son partenaire parmi une dizaine d’entre eux. Ça commence mal et avec du superflu. D’autant qu’on vous demande aussi si vous êtes une fille ou un garçon: ce qui n’influence absolument pas le déroulement du jeu et qui est donc tout aussi inutile que ce premier questionnaire. Et comme tout bon RPG doté d’une pirouette scénaristique de haut niveau, votre personnage ne se rappelle de rien, hormis qu’il a été un être humain.

Très rapidement on se retrouve à parcourir un hub central puis à partir en mission dans des donjons créés de manière procédurale en tant qu’équipe de secours nouvellement formée. On croise des Pokémon que l’on dégomme à coup de capacités habituelles de la licence, on tente d’éviter des pièges et on ramasse toutes sortes d’objets disséminés ici et là. On monte, on descend, selon dans quel type de donjon on évolue. Les buts restent toujours sensiblement les mêmes: soit on fait avancer l’histoire principale soit on accomplit des missions secondaires qui se résument généralement à trouver tel ou tel Pokémon, réunir deux d’entre eux ou encore de retrouver un objet spécifique. Rien de bien intéressant en somme.

Premières choses qui sautent bien évidemment aux yeux, la technique et la direction artistique. On passe de la 2D d’origine à une 3D fort appréciable, notamment lors des scènes de dialogues qui ont été retravaillées pour l’occasion. Quant à la DA, on aime ou aime pas le style. Personnellement, j’aime beaucoup ce côté crayonné où certains traits sont encore apparents. Beaucoup ont eu l’impression d’être replongé dans un livre de leur enfance à juste titre. Par contre, je vous conseille de jouer en mode portable, le rendu cell shading s’y prête bien mieux que sur grand écran. Les musiques ont aussi été retravaillées et certaines peuvent avoir tendance à rester dans la tête, preuve de leur qualité inhérente.

Les développeurs ont eu le bon goût de rajouter diverses nouveautés qui viennent assouplir l’expérience de jeu. Les interfaces sont repensées, notamment en ce qui concerne la gestion des équipes. Le sauvetage de votre team par une équipe B ou par des autres joueurs par internet est rendu possible. Les capacités Q.I deviennent des capacicool, ce qui donne une sorte d’habilité permanente à votre Pokémon comme par exemple avoir plus de chance de recruter des monstres croisés lors de nos pérégrinations. Et surtout, et ce n’est pas des moindres, on peut utiliser un mode automatique, que ce soit pour avancer dans les donjons ou pour les capacités qu’on utilise contre nos ennemis. Pratique pour la feignasse que je suis parfois.

Malheureusement, toutes les nouveautés ne sont pas les bienvenues. Certains pesteront contre le fait que le jeu est devenu bien trop facile notamment à cause (ou grâce selon le point de vu) du Dojo Makuhita qui permet de faire gagner des niveaux à vos Pokémon très/trop rapidement. Ou bien encore parce que dans ce remake on vous propose d’utiliser tel ou tel objet selon la situation ou bien encore parce que les attaques peuvent monter de niveau à mesure qu’on les utilise. Si l’on part à l’aventure avec 3 Pokémon choisis à l’avance, on peut maintenant ajouter jusqu’à 5 Pokémon dans un donjon que l’on pourra recruter définitivement en sortant de ce dernier, ce qui facilite grandement les combats contre certains boss par exemple. Une chose est sûre, pour le meilleur comme pour le pire, le jeu est plus accessible et plus facile.

Au vu de cette facilitation et de la nouvelle DA, le jeu est probablement pensé pour la découverte des plus jeunes avant tout. Que les vétérans se rassurent tout de même: le endgame, qui arrive après une dizaine d’heures de jeu en moyenne, est quant à lui bien plus corsé. Et si vous souhaitez préserver une progression plus dure, il vous suffit de ne pas utiliser le Dojo Makuhita et de faire l’aventure en mode Nuzlock Challenge. Beaucoup ont aussi pesté contre le fait que les zones où les Pokémon recrutés s’établissent (seulement après avoir acheté la zone adéquate pour chaque espèce) ressemblent maintenant beaucoup trop aux simples boites Pokémon traditionnelles. Ce qui est vrai mais sincèrement, il faut avouer que c’est plus ergonomique ainsi, même si une partie du charme est rompu.

Il est donc clair qu’il y a des nouveautés, certaines sont chouettes, d’autres moins, certaines sont majeurs, d’autres superflues. L’équipe de développement s’est beaucoup investie dans l’ergonomie du jeu et son accessibilité, tout comme son enrobage. Là où le jeu aurait pourtant mérité un vrai travail, c’est dans son écriture et dans sa répétitivité avérée. Les dialogues sont chiants à mourir mais, pire, ils sont trop longs pour ce qu’ils ont à raconter. Et la mise en scène, quoi qu’appréciable, n’est pas suffisamment captivante pour relever le tout. Quant à la répétitivité inhérente à la série, elle vient vraiment casser l’ambiance du jeu: on a toujours à faire aux mêmes missions, les donjons sont tous plus ou moins les mêmes malgré leurs skins vairés, à base de couloirs qui relient des zones plus larges. Et bien évidemment, le système de combat est loin de la profondeur d’un jeu traditionnel de la série. Et là encore, on parle du jeu en soi. Si on se met à le comparer aux opus qui sont sortis entre les originaux et ce remake, cette occurrence de la série Donjon Mystère devient carrément obsolète, que ce soit au niveau de sa profondeur, de ses mécaniques ou de sa narration. On peut également regretter l’absence de nouveaux donjons ou de Pokémon de générations plus avancées.

Sans être un mauvais jeu, ce Pokémon Donjon Mystère: Equipe de Secours DX reste un remake qui fait le strict minimum pour ne pas qu’on le traite de fainéant. J’ai néanmoins pris du plaisir à parcourir l’aventure principale mais malgré la richesse du endgame, la répétitivité ambiante ne m’invite pas à creuser davantage le jeu. S’il y a bien une chose supplémentaire qu’on peut au moins lui accorder, c’est qu’il aidera les joueurs à patienter jusqu’à l’arrivée imminente du nouvel opus d’Animal Crossing qui doit paraître le 20 mars.