Une claque mes amis ! Une Claque ! En ces temps durs, il est parfois bon de s’aérer l’esprit en s’évadant dans l’imaginaire, le créatif et la beauté. Ori and The Will of The Wisps s’adjuge en ce mois de mars la palme de la fraîcheur en proposant une aventure belle, magique et diablement prenante. Après un excellent premier opus, Moon Studios a longuement travaillé pour produire un jeu d’une qualité supérieure. Et la tâche n’était pas simple tant Ori and The Blind Forest tapait dans les sommets vidéoludiques. Les retrouvailles étaient ainsi très réjouissantes.

On avait laissé Ori et sa nouvelle famille couvant un petit oeuf, on le retrouve avec un bébé hibou qui va nous emmener dans une nouvelle aventure. Perdus sur une vaste carte, nos deux compagnons vont d’abord tout faire pour se retrouver avant de croiser la route de Shriek, une sorte d’oiseau déformé qui règne sur une partie du monde. Les habitants sont terrifiés, un mal ronge les profondeurs et les quelques esprits restants se terrent sans se préoccuper du reste. Jusqu’à l’arrivée d’Ori, évidemment. Si le scénario suit la ligne du premier opus, il se démarque quelque peu par l’ajout bienvenu de quêtes annexes et de rencontres avec de sympathiques personnages, ce qui faisait cruellement défaut par avant. Ori and The Will of The Wisps propose ainsi d’aider certains habitants, de reconstruire un village et de découvrir de nombreux secrets grâce à ces rencontres fortuites. Plusieurs PNJ vont nous aider dans notre tâche en nous dévoilant des parties de la carte contre une certaine somme d’énergie ou vont tout simplement demander certains objets qu’il va falloir alors trouver. Une manière pour les développeurs d’impliquer encore un peu plus le joueur dans le monde qui s’étale sous ses yeux. Grâce à ces nouvelles interactions, la carte semble plus vivante que jamais, renforçant ce sentiment de vivre une aventure dans un monde et non juste de se balader sur une carte remplie d’ennemis.

Si cet ajout scénaristique se veut finalement léger, les développeurs ont mis le paquet sur les nouvelles mécaniques. Le gameplay a été revisité sans être complètement changé. On garde la même formule tout en y ajoutant de nouvelles capacités. Triple sauts, différentes armes, dash, grappin, aura brûlante, ou encore jet d’énergie sont désormais dans la panoplie des capacités d’Ori. Les développeurs ont amélioré ce qui pouvait l’être pour faire place à ces nouvelles possibilités. Par exemple, le fait de s’accrocher au mur peut être un passif, si activé dans les compétences, libérant ainsi une touche pour une utilisation d’un pouvoir actif. Ori est également équipe d’une épée (de base, mais d’un arc ou d’un marteau par la suite), ce qui rend les combats plus lisibles que dans le premier opus, même si cet aspect pourrait être encore plus clair. Ces modifications n’entraînent ainsi pas un réel changement fondamental mais viennent plutôt en complément de la formule de base, ce qui permet à Ori 1 et 2 d’être extrêmement complémentaire dans leur évolution, chose rare dans le jeu vidéo. Avec ces nouvelles compétences, Ori est également bien plus agile et aérien qu’auparavant. L’impression de voler et de passer plus de temps en l’air, ainsi que celle d’aller plus vite, offre des sensations de liberté qui se marient extrêmement bien avec un level design un poil plus vertigineux. On est amené à enchaîner les actions de déplacement vers le haut pour atteindre des éléments qu’on n’aurait pas pensé atteignables auparavant. Avec un peu d’entraînement et quelques heures de jeu, ainsi que l’acquisition de certaines compétences, la sensation de vitesse mentionnée plus haut devient une véritable force allant jusqu’à faire d’Ori un parfait danseur récitant une chorégraphie aérienne. De ce fait, les développeurs proposent désormais quelques courses « speedrun » à trouver pour les plus férus de ce genre voulant se mesurer à d’autres joueurs. Un petit ajout qui ne sert à rien mais qui permet de s’occuper si on recherche la performance de l’action.

Avec tous ces pouvoirs, Ori est paré à tous les dangers. Une manière pour lui de se prépare à sauver le monde. En naviguant sur la carte, notre petit être de lumière va être confronté à certains défis et boss qu’il faudra évidemment battre. Peu nombreux, ces boss ne sont finalement pas tant difficiles que cela. Certes, certains passages nécessitent un peu d’agilité et de souplesse de doigts, ainsi qu’une concentration de tous les instants, mais la plupart n’ont pas un pattern très clair. Le résultat de cette décision des développeurs résulte dans le fait qu’on attend une opportunité pour bourrer la tronche du boss ou tout autre point faible. Certains ont un pattern qu’il faut alors exécuter à la perfection, mais souvent, on peut juste se contenter de se prendre un peu de dégâts et de bourrer ce qui enlève une certaine satisfaction. Les courses poursuites existent encore et sont moins verticales cette fois, alors même que le jeu pousse à la verticalité. Le fait d’avoir certaines capacités assez rapidement casse sans doute la courbe de difficulté de ces passages. Au final, Ori and The Will of The Wisps est moins frustrant et moins difficile que son prédécesseur et votre serviteur ne sait pas si c’est parce qu’il a tartiné le premier comme jamais ou si le jeu est un peu plus accessible dû à ces habilités récupérées.

La direction artistique et la musique sont encore une fois à tomber. Tournant sous Unity, Ori and The Will of The Wisps éclate encore une fois tout sur son passage au niveau de la qualité des décors et de l’ambiance sonore. On navigue entre un désert, un moulin, des intérieurs, les profondeurs arachnéennes, un bassin lumineux ou des sommets enneigés, sans jamais arrêter de s’étonner. Quelle merveille visuelle. Ceci dit, il y a quelques petits passages, ou ennemis plutôt, qui sont encore une fois confondus avec le décor, ce qui était déjà un reproche au premier. Cette fois, néanmoins, il semble que Moon Studios a quelque peu réglé ce problème tant la visibilité est améliorée dans son ensemble. Il reste un ou deux éléments peu perceptibles (certains leviers ou des ennemis) mais rien de très significatif. La découverte de la carte est ainsi beaucoup plus agréable et on peine à lâcher le jeu une fois le tout exploré et les derniers secrets trouvés. Quelle claque mes amis !

Ori and The Will of The Wisps améliore tout ce que son prédécesseur avait mis en place tout en gardant l’esprit du premier jeu. Moon Studios offre ici une véritable leçon de game design et une aventure d’une vingtaine d’heures qui aura le mérite de vous emmener loin dans l’imaginaire tout en offrant une difficulté adaptée. Capable de se réinventer sans bousculer une formule gagnante, Ori and The Will of The Wisps se profile largement comme un candidat sérieux au jeu de l’année. Une claque qui fait du bien en ces temps moroses. Jouez-y bon sang !