Après avoir joué sur nos peurs enfantines en 2014 avec Among the Sleep, Krillbite Studio s’attaque cette fois-ci à la routine morose du schéma métro-boulot-dodo avec leur dernier titre : Mosaic.

La sonnerie stridente du réveil retentit, vous émergez avec peine de votre lit, décoiffé, les yeux collés. La météo annonce un temps nuageux avec risque d’averses. Il est temps, comme chaque jours de l’année, d’aller travailler.

Métro-boulot-dodo, c’est littéralement la structure mise en place dans cette nouvelle aventure narrative que nous propose les Norvégiens de Krillbite Studio. Vous suivez la vie monotone d’un employé de bureau vivant dans un immeuble lambda d’une mégalopole inspirée des œuvres dystopiques les plus sombres. Votre but ? Être le plus productif au travail, comme les milliers de personnes que vous croisez dans le métro, tous vêtus de costards et tailleurs noirs bien ajustés, la tête plongée sur leur smartphone. L’ambiance est lourde, les couleurs ternes. Les buildings vous écrasent mais les panneaux d’affichage vous annoncent un futur radieux. Ne travaillez pas pour vivre, vivez pour travailler.

Dans cette aventure en low poly vous devrez, à l’aide uniquement de votre souris, accompagner cet employé dans ses tâches quotidiennes. Vous réveillez, vous lavez les dents, sortir de votre immeuble en empruntant l’ascenseur et vous rendre au travail par le métro toujours plein à craquer de salarymen. L’ambiance est déprimante à souhait, empruntant ici et là des références à 1984 de George Orwell, ou à The Children of Men de P.D. James. Il n’y a pas d’avenir, pas de plaisir possible. Vous n’êtes qu’un rouage dans une machinerie incompréhensible. Vous êtes l’employé numéro X, toujours prêt à être productif dans cette société égoïste où plus personne ne se parle et n’ose se regarder.

Le jeu se décompose en quelques chapitres, suivant toujours le même schéma. Chaque jours nous nous rendons au travail en suivant le même trajet. Sur ce trajet, notre avatar, au fil du temps, manifestera de plus en plus l’envie de briser cette routine déprimante et le besoin urgent de liberté. Un papillon qui passe, un musicien de rue insouciant ou un (rare) rayon de soleil venant chatouiller notre visage seront propice à des hallucinations oniriques, conséquence de notre recherche d’évasion. Une fois arrivé au travail, les développeurs nous basculent sur un mini-jeu représentant une journée de travail lambda dans laquelle la productivité et le « toujours plus » sont de vigueur. Le concept de ce mini-jeu est simple. Il s’agit de relier deux points entre eux à l’aide d’une grille d’hexagones. Le premier point, la source, envoie des ressources en continu que nous devons amener au point final en créant notre grille d’hexagones. Des menaces, métaphores des pensées distractives de notre protagoniste, viendront parasiter notre grille et ralentir nos ressources. A nous de les piéger afin de refaire circuler correctement nos ressources jusqu’à bon port. Une fois nos tâches terminées, la journée s’achève pour recommencer de la même manière le lendemain.

Mosaic est un jeu narratif lent, très lent. Volonté des développeurs de nous faire ressentir la routine morose d’un employé de bureau, l’idée est là et fonctionne. Elle fonctionne d’ailleurs tellement bien que l’on finit par se poser une question : suis-je vraiment entrain de m’amuser ? De prendre du plaisir ? En effet, malgré une direction artistique intéressante sur bien des points (la nuée de costards-cravates déambulant dans les couloirs du métro, les buildings oppressants,…) l’ambiance austère et l’aspect narratif volontairement pesant finissent par desservir le propos. L’univers dystopique façon « Big Brother is watching you » est malheureusement déjà vu et, comme discuté en introduction, a été traité de manière beaucoup plus profonde et brillante dans de nombreuses œuvres, quelles soient littéraires ou cinématographiques. Le gameplay timide et peu existant ne parvient pas à apporter la stimulation nécessaire au joueur lui permettant de se plonger complètement dans l’aventure. Au final nous jouons pour avoir le fin mot de l’histoire, malheureusement beaucoup trop prévisible et téléphoné dès la moitié de l’aventure. Aventure du reste assez courte, puisqu’il ne vous faudra pas plus de 3h30 pour arriver au terme des 5 chapitres composant le jeu.

Dans la lignée de leurs créations précédentes, Krillbite Studio nous propose un titre intéressant parodiant parfois la réalité absurde de notre quotidien capitaliste avec succès, restant malheureusement trop timide dans son approche, n’osant pas prendre le risque d’aborder le sujet sous un angle nouveau, qui aurait pourtant eu le mérite d’être creusé afin de proposer une aventure plus excitante et moins oubliable une fois le jeu terminé.