Dans Monster Train vous incarnez la dernière chance des démons dans leur guerre contre le paradis. Les flammes au centre des 7 cercles de l’enfer se sont éteintes et la seule manière de les raviver est d’y amener un brasier qui est à bord de votre train. Amener le brasier à bon port n’est pas une mince affaire, car chaque cercle est défendu par des anges qui tenteront de vous éliminer une bonne fois pour toute.

Structurellement, Monster Train empreinte beaucoup d’éléments à Slay the Spire. On commence chaque partie avec un deck correspondant au clan que l’on a choisi et chaque combat nous rapporte de nouvelles cartes que l’on peut incorporer dans notre jeu. Entre les combats, nous pouvons décider d’arrêter le train à des stations qui procurent des améliorations pour nos cartes ou des artefacts qui changent les règles du jeu en notre faveur. Ainsi, avec de bonnes décisions, notre deck se renforce au fur et à mesure de l’avancée de la partie. L’efficacité de notre deck progresse exponentiellement, comme les améliorations ont tendance à démultiplier les effets plutôt que les améliorer linéairement. Ainsi, après avoir saisi les règles et les subtilités, raviver les flammes de l’enfer peut s’avérer plutôt facile. Heureusement, un nouveau mode de difficulté se débloque à chaque réussite pour assurer que le défi soit toujours de taille.

Monster Train emprunte l’astuce la plus ingénieuse de Slay The Spire pour la construction de ses decks. Au sein d’une partie, toutes les cartes proposées au joueur appartiennent aux clans choisis au préalable. Comme toutes les cartes d’un clan ont plusieurs stratégies communes, cette manière de faire garantit que même des cartes sélectionnées au hasard au sein de la collection d’un clan auront un minimum de synergie. Bien sûr, c’est encore possible de manquer de chance et de ne pas pouvoir compléter le combo que l’on s’est imaginé, mais avec cette méthode, on aura au moins toujours un deck agréable à jouer et qui montera en puissance très rapidement. Le désavantage est qu’on peut se sentir limité dans notre créativité. On ne s’invente jamais une stratégie dans Monster Train, on optimise celles qui ont déjà été créées pour nous. Ce n’est pas parce que les stratégies sont déterminées pour nous qu’il n’y a pas de décisions difficiles à prendre. Le jeu nous propose constamment de nouvelles améliorations et de nouvelles cartes qui semblent toujours en notre faveur. Toute la complexité vient de l’analyse du coût d’opportunité de chacune d’elles. L’effet d’une carte peut être très complémentaire à notre deck, mais la piocher plutôt que nos autres cartes pourrait bien nous être nuisible.

La seule raison valable que je trouve à Shiny Shoe d’avoir opté pour un thème du train est que son gameplay est fortement basé sur l’inertie. Nos cartes ne sont pas puissantes quand elles arrivent en jeu. C’est à nous de les placer correctement et les améliorer au fur et à mesure de la partie pour les rendre inarrêtables. Dans Monster Train on ne soulève pas de cartes pièges qui retournent complètement la partie, il faut prévoir en avance la direction que prendra chaque combat et adapter son jeu dès les premiers tours. Autant au sein d’un combat qu’au sein d’une partie, la montée en puissance de Monster Train est très agréable à maîtriser. En l’espace d’une partie de 30 minutes on passe de combattre des adversaires avec une dizaine de points de vies à des boss qui en comptent plusieurs milliers.

Si la montée en puissance rapide est un des principaux attraits de Monster Train, c’est aussi la source d’un de ses plus gros défauts. En fin de partie, quand nos démons infligent des centaines de points de dégâts, l’interface ne suffit plus à représenter correctement le déroulement des combats et il est difficile de deviner comment pousser la résolution d’une altercation en notre faveur. Certaines résolutions en combats peuvent aussi devenir assez longues, bien qu’il y ait une option pour tourner le jeu en accéléré, ce n’est qu’une solution partielle à ce qui semble être un équilibrage qui laisse un peu trop le jeu s’échapper.

À l’instar de Slay the Spire, l’esthétique de Monster Train n’impressionnera personne. Les sprites 2D de nos démons et des anges, bien que proprement dessinés, ne transmettent pas d’identité ou d’originalité. Ils donnent l’impression de n’exister que pour remplir l’espace qui leur est destiné. Ceci a un impacte sur la jouabilité, car, l’aspect visuel d’une créature ne donne que peu d’indications sur son fonctionnement. On peut souvent déduire la résistance d’un adversaire à sa taille, mais au-delà de cette caractéristique, il faudra passer la souris par-dessus les ennemis pour savoir comment les combattre.

Monster Train suit un peu trop le tracé de Slay the Spire pour réellement briller par lui-même, mais il s’agit tout de même d’un deck builder très efficace. Et parfois on veut quand même jouer à autre chose que Slay The Spire.