On avait quitté la série Mass Effect en 2012 avec un opus orienté action mais signé par une excellente réalisation de la part de Bioware. Voilà que le studio canadien revient à la charge avec un quatrième jeu qui fait la promesse de laisser derrière lui Shepard et ses copains pour se concentrer sur une nouvelle galaxie: Andromède. Qui dit nouveaux décors, dit nouvelles histoires et nouveaux personnages. Mais à trop vouloir innover, il est possible de se perdre. 

Série adulée par son univers gigantesque, son histoire épique et finement travaillée, Mass Effect a marqué son époque en réalisant le tour de force de proposer une aventure spatiale mêlée à un jeu de rôle. Un mélange pas forcément évident, tant le médiéval-fantastique domine ce genre de jeu. Alors quand l’emblématique studio Bioware annonce travailler sur un opus pour 2017, il y a de quoi se montrer impatient et curieux. Ce d’autant que Bioware avait signé l’année 2014 un Dragon Age: Inquisition plutôt bon. On était donc en droit d’attendre de ce Mass Effect: Andromeda le même résultat. Ce dernier est pourtant aux antipodes, presque sur tous les points. Non pas que ME:A soit un mauvais jeu dans le sens où il est injouable, juste qu’il n’est pas digne de Bioware, de son budget et de ce que devrait être un triple A. Explications ! (en chanson ?)

Commençons par la trame principale qui n’arrive jamais à décoller, à insuffler un quelconque vent épique, pourtant marque de fabrique des Mass Effect. On se sentait comme investi d’une mission divine qui plaçait en nous le sort de l’humanité. Dans Andromeda, le joueur incarne le Pionnier, cet élu qui a la tâche d’explorer des mondes et de trouver un habitat pour ses compatriotes. Une mission qui, en apparence, devrait s’avérer primordiale sur tous les plans mais qui se réduit à une sorte de duel à distance avec un ennemi dont les motivations sont quelques peu brouillonnes, si ce n’est classiques et sans intérêt. On est donc contraint à chasser de l’alien sans jamais remettre en question le but de notre mission. Mais surtout, et c’est là où la narration s’effondre, Mass Effect Andromeda n’arrive que très rarement à susciter un sentiment d’attachement envers son personnage et ses coéquipiers et envers le but final de l’expédition. Ce d’autant que l’histoire principale s’efface face au contenu additionnel qui surcharge le joueur en missions annexes sans intérêt. On passe son temps à effectuer des allers-retours pour tout un tas de raisons plus stupides les unes que les autres. Comprenez que vous êtes le Pionnier, le type chargé de sauver l’humanité, de lui trouver un foyer, mais si vous pouviez quand même jeter un œil au panneau d’électricité qui péclote là, ce serait super urgent parce que bon, sinon on va tous crever, et tant que vous y êtes, j’ai un cousin qui a perdu sa bague dans le désert, ce serait aussi bien si vous pouviez la trouver, il l’aimait bien sa bague. Il est mort, mais vous comprenez, ce serait symbolique et surtout urgent et important. Ah, et puis le cuisinier m’a demandé de vous dire qu’il lui faudrait aussi une dizaine d’oeufs pour le gâteau surprise de l’anniversaire de machin. Urgent, comprenez.

En dehors de quelques missions plutôt sympathiques, le reste se traverse et s’oublie rapidement. Le principal problème réside dans son approche d’exploration. On propose au joueur des quêtes qui vont ensuite le pousser à explorer des lieux, sans que ces dernières soient intéressantes et sans que ces lieux ne soient véritablement extraordinaires. On est dans la proposition inverse de Dragon Age: Inquisition, qui savait pousser le joueur à l’exploration par l’absence de minimap et à lui coller une quête annexe qui récompensait cette initiative de la découverte. Dans Mass Effect: Andromeda, on se sent contraint à explorer pour satisfaire les lanceurs de quêtes. Un choix qui fonctionne dans les MMO mais pas dans les RPG de ce genre. Et c’est un problème majeur, bien plus dérangeant que certaines animations faciales désarticulées ou quelques défauts dans le design. On ne ressent jamais un plaisir quelconque à terminer une quête et surtout on ne ressent jamais un souffle épique qui pourrait nous pousser à continuer l’aventure. Le tout est également enrobé d’une forme de légèreté simpliste marquée par des dialogues absurdes, voire complètement débiles, qui vous feront sortir du jeu. Nos compagnons, insupportables au possible, se chargent d’alimenter en blagues stupides et en remarques plates le quotidien d’une bande de bras cassés. On se demande qui nous a collé ces manches à foutre dans les pattes pour sauver l’humanité. Indigne d’une bonne histoire. Ou alors c’est une blague et je n’ai pas compris.

Par ailleurs, outre le fait que Bioware a perdu ses plus belles plumes, il semble également que le studio canadien ait de la peine à proposer un gameplay intéressant. Les combats sont pourtant dynamiques grâce à un jetpack qui permet de sauter et d’esquiver rapidement. On est donc constamment en train de bouger, de tirer et de sauter dans une fluidité étonnante. Mais en dehors de cela, le jeu souffre d’une absence totale de gameplay. On se déplace, on scan des objets et c’est tout. Les dialogues formant le coeur du jeu, on se demande si Mass Effect ne bénéficierait finalement pas à devenir une licence Telltale. En plus de cela, il a été largement démontré sur le net que les animations des personnages détonnaient radicalement et achevaient le semblant de sérieux qu’on pouvait attendre de ce Mass Effect: Andromeda. Il y a pourtant de bonnes choses, et certains paysages ou de rares quêtes méritent qu’on s’y attardent. Graphiquement plutôt solide et beau, ME:A dispose de bons arguments de ce côté-là, mais c’est un point bien trop faible pour le sauver du naufrage.

Il n’y a pas que ces soucis qui plombent le jeu, il y a surtout une absence totale d’originalité et d’idées. Totalement absentes de ce jeu, les idées qu’on peut se faire d’une autre galaxie où l’humanité débarquerait manquent cruellement au bon fonctionnement de ME:A. On n’a jamais l’impression d’être dépaysé ni de véritablement découvrir de nouvelles espèces. Déjà, tout le monde parle pratiquement la langue humaine, ce qui est tout de même très suspect, mais surtout toutes les formes rencontrées sont très classiques, symptômes du manque de recherches effectuées en amont du développement. On est dans un design très classique, trop par moment, avec des aliens qui ne surprennent jamais. Dommage parce qu’on sait de quoi est capable Bioware. On regrette peut-être ce choix d’envoyer la licence dans une autre galaxie en faisant table rase du passé alors même que le background de la trilogie initiale avait de quoi largement sustenter les joueurs. Un choix qui ne s’avère jamais payant. Jamais.

Pourtant ME:A n’est pas un si mauvais jeu que cela. Mais il ne vaut pas les millions investis, l’attente du public et souffre probablement de son image. On y entraperçoit par moment le génie de Bioware mais que trop rarement. Au final, on regrette très clairement l’épopée de Shepard en se disant que tous les défauts de sa trilogie ne sont, finalement, que peu de choses par rapport à ceux de Mass Effect: Andromeda. On regrette ces personnages controversés, la bande-son, totalement absente d’Andromeda, l’interface plus épurée, une certaine légèreté mais mise au second plan par une histoire bien plus tragique et épique. Mass Effect: Andromeda tape à côté sur presque toute la ligne avec ses quêtes FedEx, son doublage catastrophique, son manque d’originalité et n’arrive jamais à véritablement plonger le joueur dans son histoire. Pourtant… tout n’est pas à jeter vu l’immensité du contenu. Il faut simplement s’habituer à jouer à un MMO solo.