Dévoilé en 2016, le projet Marvel’s Spider-Man s’affiche en cette fin d’année en exclusivité sur PS4. Chapeauté par Marvel et Sony, le studio Insomniac (Ratchet&Clank) sort un opus au costume taillé sur mesure. Plongeons dans ce qui s’apparente être un des meilleurs jeux de super-héros de cette génération.

Dans les jeux vidéo de super-héros, on se souvient plus de Batman Arkham: Asylum (Rocksteady, 2009) et de ses deux suites que des six jeux Spider-Man sortis depuis 2007. Pourquoi me demandez-vous ? La réponse se trouve peut-être dans la gestion similaire des projets de Rocksteady et d’Insomniac. Les Batman Arkham avaient su développer un gameplay basé sur l’action, tout en mettant en scène un Bruce Wayne différent des films de Nolan, sortis pourtant dans la même décennie. Il s’agissait de la vision de l’univers Batman par Rocksteady et non une commande ou une adaptation d’un film. Dans le cas de ce nouveau Spider-Man, on retrouve cette approche. Insomniac propose ainsi de vivre, en accord avec Marvel bien entendu, l’aventure de Peter Parker telle qu’elle a été imaginée par le studio. De ce point de vue, et par son ampleur médiatique certaine, ce Marvel’s Spider-Man se détache en grande partie de tous les films et ne fait référence, par exemple, aux Avenges qu’en de rares et légères occasions. L’impression de vivre une aventure fraîche et maîtrisée par un solide studio en devient même sa première qualité.

Dans cette optique, Marvel’s Spider-Man ne cherche pas à raconter une histoire déjà connue. On évite ainsi la fameuse découverte des pouvoirs et cette (longue) phase d’apprentissage qui s’en suit. Insomniac propose au joueur d’incarner un Peter Parker de 23 ans maîtrisant depuis longtemps toutes ses habilités et ayant développé des relations particulières avec certains noms bien connus tels MJ, tante May ou le docteur Otto Octavius. Ces relations ont une grande influence sur la qualité narrative du titre. Mâtures par moment, légères par d’autres, souvent intéressantes, et développant justement certaines situations, ces discussions façonnent l’ambiance sonore du jeu et amènent une plus-value à une histoire globale relativement classique bien qu’originale. Peter Parker est ainsi amené à affronter une horde de « démons » après avoir pourtant libéré New York du joug du baron du crime, Wilson Fisk. De ce premier affrontement va surgir une foule de méchants qu’il faudra bien évidemment arrêter à tout prix parce que… ils sont méchants et que Spider-Man, il est gentil.

Intégrées au scénario principal, différentes quêtes annexes et activités vont se débloquer au fur et à mesure de l’avancée de Peter Parker. Ces activités ont plusieurs objectifs. Le premier consiste à récolter des jetons et ressources afin d’améliorer les tenues de Spider-Man ou de débloquer de nouveaux gadgets. Il s’agit bien souvent d’éléments à récolter bien qu’une certaine catégorie de ces quêtes soit mise en scène. L’autre objectif consiste à balader le joueur dans un New York remarquablement peaufiné et dont la verticalité va offrir à Spider-Man toute la liberté d’exercer ses aptitudes. Les déplacements sont ainsi fluides et d’une simple pression, on se lâche ou se raccroche afin de prendre de la hauteur ou de la vitesse. Spider-Man peut également courir à la verticale sur les bâtiments, s’y accrocher etc. Bref, tout ce que l’on est en droit d’attendre de l’homme-araignée. Au-delà de cette géniale capacité de déplacement, le jeu souffre d’un syndrome propre aux mondes ouverts. Comment pousser le jouer à explorer une ville bien connue telle que New York ? Insomniac n’a pas su répondre à cette question de manière originale et se borne à remplir sa ville de collectibles à ramasser. Il n’y en a cependant pas des tonnes mais cela démontre bien qu’au-delà du gameplay ou d’une histoire, un monde-ouvert consistant et cohérent reste la tâche la plus complexe à mettre en place.

Cette carte postale qu’est New York et la capacité de déplacement de Spider-Man offrent déjà de très bonnes sensations. Ajoutés à cela des combats dynamiques et vous obtenez un gameplay et des mécaniques solides. Certes, cela ne casse pas des briques mais la formule fonctionne plutôt bien. Grâce à des combos, des compétences et tenues à débloquer, Spider-Man dispose d’une panoplie de coups, de gagdets et de pouvoirs lui permettant d’être constamment en mouvement lors des affrontements. Avec un système d’esquive basé sur la réaction, les combats s’apparentent à ce qui se faisait dans Batman Arkham, à la différence que Spider-Man ne contre pas réellement ses adversaires mais se montre plutôt proactif dans la distribution de tatanes. Les ennemis, quant à eux, restent classiques. On y retrouve ceux qui foncent au corps à corps, ceux disposant d’armes ou de roquettes, les grosses brutes et certains adversaires spéciaux. On est amené à varier ses coups et à constamment être en mouvement afin d’éliminer des adversaires relativement faibles mais nombreux. Différentes situations viennent également agrémenter ces phases de combats: courses poursuites, braquages et même des scènes d’infiltration, pas forcément des plus intéressantes à jouer. Il n’empêche qu’il se ressent, à force, un manque de variété dans les situations. On se retrouve trop souvent avec des vagues d’ennemis à aligner sur le bitume. « Et où sont les QTE du trailer dans tout cela? » Je vous vois venir. Il y en a, ne vous inquiétez pas, mais elles restent très sporadiques. On est loin d’un système de jeu entièrement construit sur des QTE. La plupart viennent juste couronner une scène d’action spectaculaire et ne gênent en rien le gameplay de base.

D’une bonne durée de vie, comptez entre 15 et 25h, ce Marvel’s Spider-Man d’Insomniac joue dans la cour des grands, en copient souvent mais reste loin du chef d’oeuvre. Il n’en est pas moins agréable et bien réalisé. Sa fluidité, la sensation que procure les déplacements et sa narration plutôt intéressante quoiqu’un peu décousue en fond un jeu solide et un excellent repère dans le miasme des jeux vidéo de super-héros. Le terrain de jeu, de bonne facture, est propice aux envolées de Spider-Man grâce à un gros travail d’Insomniac sur la verticalité de New York. La ville prend ainsi peu à peu le devant de la scène en s’affichant comme la belle surprise de ce jeu. Au-delà de ces quelques points, Insomniac a su proposer une aventure originale mais façonnée dans un monde-ouvert vu et revu bien trop de fois, principalement dans sa complétion. Néanmoins, le trio Marvel, Sony et Insomniac signe ici une bonne production et une surprise agréable.