Je suis énervé, très énervé. Déçu aussi, même si ça je m’y attendais quand même pas mal. Vous voulez savoir pourquoi ? Enervé parce que j’ai acheté un jeu très mauvais, énervé parce que j’ai cru un moment que finalement ça pouvait être sympa, énervé parce que tout est raté dedans, énervé d’avoir essayé de relativiser cet échec. Mais en fait pourquoi ? Pourquoi chercher à sauver l’insauvable, l’objet qui recèle en lui toute la lie du jeu vidéo ? Plus qu’une déception, c’est un véritable affront que d’avoir sorti Marvel’s Avengers. Mais comment en aurait-il pu être autrement en réalité tant il a été construit autour d’un concept qui ne marche pas ? Marvel’s Avengers, c’est tout un raté, un sacré, monstrueux raté. Et il y a de quoi être énervé.

Vous l’aurez compris, cette critique va être légèrement plus salée que les autres. Sans avoir eu la volonté d’être méchant pour être méchant au départ, j’ai eu le sentiment de me faire insulter minutes après minutes en jouant au dernier né de Crystal Dynamics. Marvel’s Avengers, c’est un jeu service basé sur les héros Marvel (oui, on avait compris). L’idée d’incarner Thor, Hulk, Captain America, Iron Man ou Black Widow à tour de rôle et de faire joujou avec leurs pouvoirs a de quoi séduire. La campagne oppose les Avengers à MODOK et à l’AIM, sorte d’armée robotique qui fait office de PNJ à dégommer de temps en temps. L’originalité de la campagne consiste à proposer au joueur de se plonger également dans l’histoire de Kamala Khan, une adolescente ultra (mais genre ultra ultra) fan des Avengers et qui va se retrouver à jouer la super-héroïne de service pour rassembler tout ce petit monde disparu après la fameuse attaque du Golden Bridge. Cette dernière d’ailleurs fait office de scène introductive. Tout est raté dedans. Tout. Des dialogues pompeux aux QTE figées à la technique et aux scènes de combat, rien ne va. Tout est raté. On se demande comment cette séquence a pu passer le pipeline de production tant il n’y a rien qui fonctionne. Quelle horreur. Tous les héros ont les mêmes capacités, dans le sens où aucun n’est plus fort que l’autre. Ils disposent certes d’habilités propres à chacun mais qui comparées les unes aux autres ne semblent finalement pas tant différentes que cela. Thor envoie son marteau qui fait boom, Hulk tape dans ses mains et ça fait boom, Iron Man fait péter des trucs et ça fait boom. Bref, on se retrouve à manipuler des héros et à presser des boutons sans que cela n’ait un véritable impact sur le jeu. Le level design alterne entre arènes fermées et vagues successives de méchants en passant par des courses-poursuites où il faut diriger Hulk qui saute d’un bus à l’autre en s’accrochant. Bref, on est loin du rêve…

Après cette fameuse première séquence qui nous permet de bien comprendre qu’on va se faire joyeusement *******, on (re)découvre Kamala Khan quelques années plus tard. Les Avengers ont disparu suite à une conspiration des plus évidentes. Affligées de pouvoirs qui lui permettent de faire grossir ses poings ou d’allonger ses bras, Kamala va partir à la recherche des héros pour tirer une bonne fois pour toutes cette histoire au clair. Entre quelques moments à la Spider-man et de l’infiltration ratée, on est surtout plus énervé par le personnage que par son gameplay (ce qui est quand même rare pour le noter). Les développeurs ont décidé que Kamala raconterait tout, mais genre tout ce qu’elle fait, tout ce qu’elle voit, tout ce qu’elle croit entendre. Tout. Il n’y a jamais plus de 10 secondes de silence, il faut toujours qu’elle en place une. Comme le jeu n’arrive pas par son level design à nous raconter une histoire, il se sent obligé de le faire à travers son personnage. Quelle horreur ! Qui plus est, vu qu’il s’agit d’une production relativement onéreuse, les développeurs ont décidé d’implémenter plein de moments de « contemplation » où il suffit d’approcher d’un objet et de presser X pour avoir une remarque, un bout d’histoire, quelque chose de narratif en supplément. Sauf que.. eh bien… de nouveau, tout est trop forcé, trop faux, jusqu’au point où Kamala peut presser X devant une sorte de tube avec un linge brun qui pend et dire « C’est quoi tout ça? » et… bah c’est quoi ? Jeu ? Dis-moi ce que c’est bon sang !! Kamala est donc l’archétype du personnage qui prend les joueurs pour des enfants. Mais même si ce jeu était destiné à des enfants, il n’en resterait pas moins débile. Il n’y a pas besoin de tout décrire, tout raconter constamment, même à des enfants. Prenez Mario, il ne dit jamais rien et pourtant les enfants comprennent parfaitement ce qu’il faut faire. Ce n’est donc pas recevable en 2020 d’avoir un jeu qui fait ça. Mais alors pourquoi le fait-il ?

Je n’ai pas la réponse. Très certainement que le développement chaotique et le regard du Dieu Disney au-dessus ont dû jouer un certain rôle. Il n’empêche qu’un autre élément de réponse peut venir du fait qu’il s’agit d’un jeu service bas du front. Voué à être plus qu’une campagne d’une dizaine d’heures, Marvel’s Avengers prend le pari de faire jouer et rejouer les joueurs aux mêmes missions des centaines de fois pour amasser un meilleur équipement. Mais lorsque les mécaniques des héros sont nulles, on se rend vite compte que l’intérêt du loot diminue fortement. S’il n’y a aucun plaisir à évoluer dans ce jeu, pourquoi irais-je chercher du meilleur loot ? C’est un peu une sorte de mythe de Sisyphe où le joueur a beau avoir réalisé que sa tâche est absurde, il n’en reste pas moins coincé et n’est jamais heureux parce que pousser le caillou (ici looter) requiert de presser X trop de fois. Il n’y a rien qui sauve Marvel’s Avengers. Certains diront que Iron Man est plutôt sympa. Non, il est juste moins pire que les autres, mais il reste horrible au final. On ne s’amuse jamais, on ne fait que subir ce jeu sans être pris une seule fois par une séquence un tantinet intéressante. Les zones ouvertes sont vides, les objectifs d’une stupidité sans précédent pour des héros (rester sur une zone pour que Jarvis puisse se connecter, si on s’éloigne de 10cm, ça marche plus), et les combats sont mous, plats et lents. On s’ennuie, on s’em*****. Bref, vous l’aurez compris, il s’agit d’un désastre. Même techniquement, il est bourré de bugs, doté d’une caméra qui part aux fraises quand les espaces se réduisent (du coup c’est cool de faire jouer Hulk en intérieur…) et d’une IA qui… est là ? Je crois ? Enfin je ne sais pas. Il y a bien des ennemis. Mais de là à dire qu’il s’agit d’une IA, c’est faire affront aux autres jeux. Les ennemis servent à faire monter des barres de puissance pour utiliser des capacités spéciales qui font juste que le combat dure un peu moins longtemps, le tout pour gagner de l’expérience et débloquer des habilités qui ne marchent pas vraiment parce qu’on continue bêtement de presser sur X plein de fois. Dès fois il y a du loot qui tombe, alors on ouvre le menu et on presse sur la gachette de la manette pour équiper le meilleur loot, nous évitant ainsi de devoir se demander si telle ou telle pièce est meilleure que l’autre. Du coup, le loot n’a aucun intérêt. Vous voyez ce que je veux dire quand je vous disais que ce jeu ratait tout ?

Marvel’s Avengers est une aberration, un jeu qui ne devrait pas être là. Cher, sans aucun moment fun, sans proposer de nouveautés ni d’idées de game design ou de gameplay, il est destiné à mourir rapidement. Je ne lui souhaite que cela tant il n’a rien à offrir. Des jeux services, il y en a des tonnes, et des meilleurs qui ont parfois un peu d’originalité. Je ne vais pas faire une conclusion plus longue que cela, juste encore vous dire de ne pas y jouer.