Même en passant une majorité de son temps devant les écrans, chaque joueur a ses lacunes vidéoludiques. Il n’y a simplement pas assez de temps pour découvrir toutes les séries populaires et encore moins les licences de niches. Kingdom Hearts est une de ces franchises qui m’est simplement passée à côté, par manque d’argent dans mes plus jeunes années et par désintérêt pour ses plus petites productions plus récemment. N’ayant pas eu l’argent nécessaire lors de la génération PS2, ne m’étant jamais jeté sur une 3DS et ne voulant pas jouer à des ports HD, j’étais dans une situation très similaire avec Monster Hunter, et pourtant, Monster Hunter World a été une de mes plus grosses surprises de cette génération de consoles, me dérobant d’innombrables heures de jeux alors qu’au départ mon intérêt était plutôt “académique”. Kingdom Hearts pouvait-t-il aussi me charmer avec sa dernière sortie?

Après quelques heures de jeu seulement, le verdict était clair. Kingdom Hearts III ne m’était pas destiné, les sensations de jeu n’étaient pas présentes et l’histoire peinait à capter mon attention. Ce n’est pas pour autant que j’ai arrêté d’y jouer, je voulais comprendre l’intérêt de la série, il fallait persévérer. J’ai finalement déposé ma manette après avoir traversé plus de la moitié du jeu et en être arrivé à cette conclusion: Kingdom Hearts est tout simplement un mauvais jeu.

Les combats composent une grosse partie du temps de jeu. Ces affrontements, dans la plupart des cas, n’ont pas de sens autre que celui d’ajouter du remplissage à l’aventure. Ils n’ont pas de buts scénaristiques malgré le fait qu’ils soient souvent introduits par des cinématiques, leurs récompenses sont dérisoires, ils ne présentent pas de défis particuliers et, pire encore, ils ne sont pas amusants, ce qui amplifie énormément l’impression de perte de temps. Lors de ces combats, des ennemis sont parsemés, probablement aléatoirement, sur le terrain de jeu et c’est au joueur de se débarrasser d’eux. Pour ce faire, il va falloir écraser une touche jusqu’à ce que l’option d’appuyer sur la deuxième touche apparaisse à l’écran. Après avoir appuyé sur celle-ci, il faudra répéter les mêmes actions jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’ennemis à l’écran. Malgré une multitude d’options à disposition, écraser l’attaque physique est de loin la plus efficace puisqu’elle garantit rapidement une attaque spéciale faisant des dégâts ravageurs. De plus, effectuer ces attaques ne demande aucune habileté, car elles ciblent automatiquement les ennemis. Il y a bien une touche affectée à l’esquive, mais elle est presque totalement inutile puisque, d’une part, elle ne supprime pas l’animation en cours et se fera presque systématiquement trop tard, et de l’autre, le héros, Sora, est quasiment invulnérable.

À moins que l’on ne considère l’ordre d’appui de boutons décrit ci-dessus comme de la stratégie, Kingdom Hearts en est complètement dénué. Il n’y a pas de priorité à observer pour l’élimination d’ennemis, de placement à respecter ou de tactique à suivre pour différents types d’ennemis. Il faut juste taper. Même au niveau de l’équipement il n’y a pas de décisions à prendre. On s’arme avec la keyblade la plus récente parce qu’elle a les meilleures stats, mais surtout pour voir des nouveaux effets. Ces stimuli visuels semblent d’ailleurs être le seul attrait des combats et sont intéressants les quelques premières fois qu’on les voit, mais leur utilisation n’est de loin pas assez amusante pour soutenir la lourdeur des combats.

Heureusement une bonne partie des combats est complètement facultative et on peut facilement courir à travers les niveaux sans engager l’adversaire. En jouant de cette manière je me suis vite rendu compte que mettre de côté la grosse partie que je n’aimais pas laissait juste plus de place aux autres parties mal réalisées du jeu. Ainsi, Kingdom Hearts III est devenu une suite de courses à travers des niveaux, de platforming abominable, de mini-jeux atroces et de cinématiques ennuyeuses à souhait.

Les mini-jeux soulignent bien l’intention et l’échec principal de Kingdom Hearts III. Le jeu favorise la variété à la qualité mais étire tout de même ses expériences sur des périodes bien plus longues qu’elles ne devraient l’être. Que ce soit des phases de FPS trop simplistes, de danse-QTE limitée ou de shoot em up 3D avec une mauvaise perspective, ces séquences durent bien plus longtemps que leur qualité ne le permet. Il en va de même pour le reste du jeu. Chaque monde Disney s’étale bien trop dans la longueur et chaque cinématique prend le temps de devenir fastidieuse avant de redonner le main au joueur.

Je savais avant de me lancer dans Kingdom Hearts III que l’histoire était difficile à suivre si on n’avait pas joué aux autres jeux de la série et je me suis dit que je me focaliserais sur les histoires des mondes Disney qui, elles, ne requièrent pas de connaissances préalables. Effectivement, je n’ai pas eu de problème à suivre les péripéties des héros Disney et Pixar, mais ce n’est pas pour autant que je les ai apprécié. Les personnages rattachés aux différents mondes sont toujours clairement en second plan par rapport à Sora et son équipe et ne profitent pas d’un arc narratif. Ils sont juste là pour aider et rappeler qu’ils sont aussi présents dans de bien meilleures productions. Ce problème est encore plus flagrant quand l’histoire au sein d’un monde retrace simplement celle de son film respectif. Revivre des mêmes scènes mais avec des moins belles images et cette saloperie de Donald Duck en fond n’est simplement pas le genre de valeur ajoutée que Square-Enix aurait dû cibler avec son jeu.

J’ai cherché à comprendre le succès de Kingdom Hearts en j’en suis reparti très confus. Il n’y a presque rien à aimer dans ce que j’ai vu de ce troisième opus. De ses combats à son histoire en passant par ses divertissements, tout semble insipide et c’est une réalisation difficile. On sent que de l’amour, ou au moins de l’effort, a été déversé dans la production de ce jeu, mais à aucun moment les éléments ne s’imbriquent pour produire un jeu amusant ou divertissant. Au final, la plus grosse qualité de cette production est celle à la tête de son pitch: « y’a des persos Disney dedans ».