Amis chevaliers, amies chevalières, l’aventure à deux pas de la maison n’attend plus que vous dans Kingdom Come: Deliverance. Développé par le studio tchèque Warhorse, KCD a pour volonté de vous plonger dans la Bohème en 1404. Pas de dragon à l’horizon ni potion de guérison, Kingdom Come: Deliverance se joue à la dure et se veut aussi réaliste que possible. Une bien belle ambition qui transpire parfois et sent un peu mauvais.

Afin de planter le décor facilement, imaginez être le fils d’un forgeron, Henry, dans la vingtaine. Petit manant au grand coeur, il n’a de cesse de tourmenter cet Allemand qui a dit du mal de Sigismund, le Roi, en lançant du caca sur sa maison. Une bien belle plaisanterie qui a de quoi immerger le joueur au plus profond de ce que le Moyen-Âge a à offrir. Les premières heures permettent de découvrir les systèmes et les différentes mécaniques, le tout en vue FPS. Henry est ainsi amené à effectuer différentes tâches pour son père avant qu’une armée ne vienne détruire et massacrer son charmant village, tuant ses parents. L’histoire est plantée, Henry est un fuyard en quête de vengeance. Pas de prophétie, pas de magie, on y va à la dure et on tente de s’élever dans la société comme on peut, aidé en cela par quelques seigneurs locaux qui vont voir en Henry un homme à tout faire. La chance.

Grâce à une écriture soignée, Kingdom Come: Deliverance gagne en maturité là où on ne l’attendait pas forcément. Il aurait été si facile d’éviter de plonger le joueur dans un conflit géopolitique complexe, de ne pas mentionner les massacres, les viols, et les pillages des soldats et d’offrir un simple jeu de combat relativement gentillet. Non, Kingdom Come: Deliverance se veut ambitieux à ce niveau et sur ce coup, il le fait bien. Les quêtes sont diablement bien écrites, proposant souvent plusieurs moyens et solutions, le tout en ne surchargeant jamais le joueur d’indications. On est même plutôt dans la situation contraire où les indices sont rares. Pour exemple, plusieurs quêtes font états de recherches d’objets ou de personnes dans une très large zone. Il va falloir ainsi parler à tout le monde, se renseigner, enquêter et faire ses preuves sans attendre du système qu’il divulgue la solution. Un autre exemple marquant vient d’une banale partie de châsse. Notre seigneur nous défie de ramener avant midi plus de lapins que lui. Et c’est tout. Aucune zone ne délimite la quête et aucune limite de bêtes n’est à atteindre. On part alors seul avec son petit arc à la recherche de lapins durant plusieurs heures jusqu’à revenir vers midi et espérer en avoir plus que lui. Parce que dans la réalité, cela se passerait comme ça. Évidemment, pas tout ne fonctionne ainsi mais globalement, Kingdom Come: Deliverance cherche à capter ce réalisme tangent et à le refléter dans son jeu.

Si ses quêtes sont plutôt réussies et bien réalisées, il y a un autre aspect qui a su faire parler de lui longuement. Le système de combat est ainsi totalement différent de ce qu’on a pu connaître auparavant. Différentes combinaisons en fonction du placement de son épée sont possibles et permettent, à termes, d’enchaîner de jolis combos. Mais pour en arriver là, il va falloir suer sévère, tâter de la boue et cracher du sang. Au final, c’est un système juste qui récompense l’acharnement et la dévotion plutôt que la chance et le coup critique. Henry s’améliore au fil des combats, gagne en habiletés tout en en perdant d’autres. L’arc dispose d’un système beaucoup plus simple puisqu’il n’y a pas de viseur. En gros, il va falloir tirer au jugé et être habile. On est à mille lieues d’un Skyrim. Si le système de combat vous fait peur, sachez que Kingdom Come: Deliverance est bourré de mécaniques complexes. Le crochetage est une plaie, la pire chose jamais vue. Attention, nous ne sommes pas en train de dire que c’est mauvais, au contraire. Crocheter un coffre ou une porte demandera ainsi toute votre attention et le petit déclic marquant l’ouverture aura ainsi saveur d’une longue victoire. Quant au système de sauvegarde, il est également mis en jeu sous forme de mécanique. Pas de quick save ici, il faut « picoler » un alcool pour sauvegarder, sachant que l’alcool a des effets positifs et néfastes sur Henry. Cet alcool n’est pas commun et plutôt rare, notamment en début de partie. Heureusement, le jeu sauvegarde votre avancée au lancement et à la fin d’une nouvelle quête ou après une très longue nuit de repos. Puisque oui, vous vous en doutiez, il va falloir faire dormir Henry aussi, et le faire manger, ainsi que le laver de temps à autre histoire qu’il ne schlingue pas trop auprès de ces nobles dames. Autant vous dire que (presque) tout est doté d’une mécanique, ce qui parfois amène le joueur vers une certaine lassitude en devant, par exemple, attendre le petit matin pour rendre une quête au seigneur local puisque ce dernier dormait. On peut être parfois frustré par cette rigueur mais comme tout le jeu est réalisé ainsi, il reste cohérent.

Kingdom Come: Deliverance n’est pas seulement cohérent dans ses mécaniques mais aussi dans la construction de son environnement. Soutenu par le CryEngine qui lui donne également un réalisme certain, KCD se veut profond et intraitable sur la justesse. Les villages sont agencés de manière à être de véritables lieux de vie. Chaque bâtiment a sa fonction, ses habitants un rôle. Le monde ouvert propose ainsi une dimension à nouveau cohérente. On retrouve des ruisseaux qui traversent les villages, des moulins aux abords, des camps de réfugiés de la guerre près des murailles. Le tout est organisé par le travail et les horaires de chaque personnage. On a ainsi l’impression d’évoluer concrètement dans un petit microcosme médiéval. Les PNJ souffrent pourtant d’un léger manque de personnalité tandis que les personnages principaux ont, heureusement un véritable visage marquant, les rendant ainsi uniques. Malheureusement, Kingdom Come: Deliverance n’est pas sans défaut, il en contient même plutôt pas mal. Entre les bugs de quêtes, l’affichage aléatoire, et son rythme très lent, il peine parfois à séduire tant il se veut rigide. On y revient pas forcément après avoir pourtant aimé y jouer une soirée. Il s’agit d’un jeu difficile, complexe et souvent intraitable. Mais sa cohérence en fait sa force et si l’aventure à dos de canasson ne vous fait pas trop vomir (la vue est horrible), il se peut qu’il ait quelques piécettes à vous donner.

La Bohème du XVème n’aura sans doute jamais été autant bien proposée aux joueurs. On est évidemment loin des exactitudes historiques parfaites malgré l’ambition affichée à ce niveau mais Kingdom Come: Deliverance délivre (cadeau si vous êtes arrivés jusque-là) un jeu original, dur, rigide mais juste dans sa construction. Le système mis en place par Warhorse semble parfois dépasser ses développeurs mais l’expérience pour les amateurs du genre aura une saveur particulière. Si les mécaniques sont complexes, voire sadiques par moment, on est amené à s’améliorer autant que Henry et à découvrir son histoire diablement bien travaillée. Un jeu difficile qui vous fera passer de gueux à un peu moins gueux puisqu’on ne naît pas chevalier. C’est salaud, mais c’est comme ça.