On la voyait venir gros comme une maison, la conférence de Google tenue hier soir concernant son développement dans le gaming a accouché d’une belle souris. Le géant du Web a annoncé Stadia, sa toute nouvelle plate-forme de streaming de jeux vidéo. Rien de nouveau sous le sapin malgré de belles promesses.

Une conférence dédiée au gaming sans jeux vidéo, c’est l’exploit qu’a réalisé Google hier dans le cadre de la GDC. Enfin, de nouveaux jeux, il n’y en a point eu, à l’inverse de quelques petites démo mettant en scène Assassin’s Creed Origins ou Rise of the Tomb Raider. On est donc encore loin d’un Google qui dévoile de nouvelles licences et des studio dédiés à la réalisation de nouveaux projets vidéoludiques. Ce qui a été dévoilé en somme s’appelle Stadia. Cette plate-forme de streaming permettrait aux joueurs de directement jouer à un jeu à travers Chrome et ce sur n’importe quel appareil en un clic et sans téléchargement ou mise à jour. Ce format cloud gaming rappelle évidemment Shadow ou GeForce Now. De la promesse à la réalisation, il y a cependant encore un pas à franchir et il faudra disposer de connexions internet à haut débit pour réussir ce tour de force (oubliez donc la possibilité de jouer dans l’avion par exemple). Actuellement, aucun modèle économique n’a été dévoilé par Google, nous ne savons donc pas si nous devons nous attendre à acheter des jeux ou payer pour un abonnement ou même de quelle manière les développeurs seront rémunérés. Sans ces informations, il est encore difficile de vraiment jauger l’intérêt de Stadia. Les personnes en charge ont promis d’en dire plus cet été. Si Google se veut confiant, comment convaincre un marché de 2 milliards d’utilisateurs de changer leurs habitudes en s’affranchissant de leurs consoles pour se tourner uniquement sur Stadia ? Difficile à dire, surtout avec l’approche imminente des futures consoles de Sony et Microsoft tandis que les PC sont d’ores et déjà capables de performances supérieures aux 10,7 teraflop de Stadia.

Ceci dit, Stadia intrigue. D’abord par sa capacité à fonctionner mais aussi par ses fonctionnalités. Elle semble d’abord dédiée aux streameurs, qui vont bénéficier d’outils capables de possiblement concurrencer Twitch. Mais le défi est grand pour Google. Le problème est ainsi double puisque si les joueurs peuvent jouer en un clic, pourquoi continuer de regarder un streameur ? Difficile à dire évidemment et difficile à comprendre comment le public va agir. Le liant devrait être les jeux mis à disposition mais c’est là que le bas blesse puisque Google n’a dévoilé que quelques titres déjà sortis sans annoncer de nouveaux projets. Aucune exclusivité AAA ne viendrait ainsi concurrencer Sony et Microsoft et on risque de voir l’émergence de petits studios indépendants se faire la guerre sur Stadia avant de finalement sortir leur jeu un peu partout. L’autre problème concerne les launchers et plate-formes d’achats mis en place ces dernières années. Entre Steam, Origin, Bnet, Uplay et Epic Store, les éditeurs majeurs disposent d’outils de gestion propres. Pourquoi ainsi perdre des marges sur un service qui se veut concurrentiel ? Au final, il s’agit de ces questions précises auxquelles il aurait fallu amener des réponses. Au-delà de l’annonce de Stadia, il y a bel et bien la volonté de Google de s’immiscer sur le marché du jeu vidéo mais à trop vouloir confondre son public, Google risque de ne pas réussir là où beaucoup ont déjà échoué. Une histoire à suivre mais qui pourrait bien se terminer plus vite que prévu. Stadia est prévu pour cette année déjà, de quoi se faire une idée rapidement si le géant américain sera capable de faire trembler Microsoft, Sony et Nintendo sur leur terrain.