Loin, loin du brouhaha des stands publics, caché derrière les remparts des gros éditeurs, séparé par de longs couloirs vides où tout n’est plus que perles insoupçonnées ou titres instantanément oubliés, intégré au cabinet quelconque de la Turquie, on trouve le stand de TaleWorlds et en son sein Mount & Blade II: Bannerlord.

TaleWorlds ne sait pas vendre ses jeux. Je ne vois pas d’autre explication pour justifier le manque de succès flagrant de la série Mount & Blade. Monter son armée, entraîner ses soldats et mener son régiment dans des batailles épiques pour atteindre les plus hauts rangs d’une société médiévale est la proposition unique de Mount & Blade; et pourtant, au-delà des fans (non non, pas moi) particulièrement fervents, la licence reste inconnue du grand public. Pourquoi donc est-ce que ces productions adulées par leurs fans peinent à percer sur la grande scène?

J’ai un premier élément de réponse en arrivant au booth de TaleWorlds. Personne n’essaye agressivement de me vendre le jeu. On me pose juste sur une chaise devant une vidéo mal éditée du Captain Mode, le nouveau mode de jeu multi présenté à l’occasion de la Gamescom. Encore une fois, les développeurs ne respectent pas les codes clairement définis par notre industrie. Bannerlord n’est pas particulièrement joli et ne fait que très peu pour attirer l’attention, toutes les performances sont utilisées pour afficher la grande quantité de troupes à l’écran et alimenter la complexe simulation physique. Quelle idée de sacrifier les jolis visuels pour créer un meilleur jeu. Personne ne fait ça!

L’heure du début de ma tranche horaire sonne et on est rassemblé dans une pièce avec 10 stations de jeu auxquelles on s’installe promptement. On nous déclare: « Cette moitié de la salle va combattre l’autre moitié de la salle. Si vous n’avez jamais joué à Mount & Blade, utilisez la souris pour regarder autour de vous et WASD pour vous déplacer. Bonne chance!« . Je ne sais pas si c’est une blague puisque l’orateur ne semble pas rigoler, mais le résultat est le même, si vous n’avez jamais joué à la série, vous êtes foutus. Au fond je suis content, ça me donne plus de temps de jeu. Mais quand même, ils ne vont sérieusement pas nous présenter leur jeu? La plupart des gens n’ont même pas regardé la vidéo à l’entrée. Je suis même presque sûr qu’ils n’ont encore pas stipulé le titre de leur production. Ils sont malade ces Turques, personne ne fait ça!

Pendant le chargement, je prends tout de même le temps de demander avec un demi sourire s’ils n’ont vraiment rien à annoncer sur la date de sortie. Ce n’est clairement pas la première fois de la journée qu’ils répondent à cette question. Rapidement et efficacement, on me dit que non, le jeu n’est pas encore aussi bon qu’il pourrait l’être, donc ils continuent à bosser dessus, pas d’early access non plus. Leur dernier jeu est sorti en 2012 pourtant. Avant même que je ne formule une deuxième question, mon interlocuteur s’en va, désireux de lancer la partie. Au final, je ne sais pas ce qu’il y a de plus maintenant que dans la build de l’année passée. J’imagine que ce Captain Mode est neuf. Ils sont malades ces Turques, personne ne fait ça! Je les adore.

Je n’ai jamais été particulièrement fan de la partie multijoueurs de Mount & Blade. Les sections RPG et gestion y sont inexistantes et le champ de bataille semble accueillir des centaines de demeurés qui agitent les bras dans tous les sens plutôt qu’une réelle bataille. Le mode capitaine résout en grande partie ces problèmes en réduisant le nombre de joueurs à 10. Du 5v5 donc. Chaque joueur choisit une variante lourde ou légère d’un archétype d’unité entre archer, cavalerie et fantassin et se voit offrir un régiment du même type. Avant de partir à la guerre, on peut encore choisir deux bonus pour modifier ses soldats et les rendre plus rapide, plus résistant ou même simplement plus nombreux. Avec ces changements, les batailles sont bien plus structurées et on peut y vivre des moments de guerre plus authentiques. Les fantassins se chargent brutalement et dès qu’ils entrent en contact, les archers cessent de tirer et tentent de trouver une colline près du flanc des ennemis. Pendant ce temps, la cavalerie contourne le champ de bataille à la recherche des archers manquant et espère les trouver avant que trop de dégâts ne soit fait. L’objectif du mode est de garder des zones pour réduire les points des adversaires, mais ce scénario est principalement là pour éviter qu’une des armées reste en retrait et ne joue que défensivement. C’est ce que je pense, du moins, parce qu’on se lance tous dans des charges folles à la première vue d’une unité ennemie… enfin, c’est soit ça, soit personne n’a regardé la vidéo de présentation.

Après 4 manches, je suis à fond. J’ai compris les mécaniques et j’ai trouvé mon style de jeu de prédilection: je suis un archer léger avec des bonus de portée et de résistance. L’action est intense et gratifiante, et je veux en profiter un max. Les deux premières manches m’ont apprises que je suis un mauvais cavalier et que si toute mon unité meurt, il n’y a plus de soldats dans lesquels je peux me réincarner. Les deux suivantes m’ont apprises qu’en tant qu’archer, je peux rester hors de la zone de meurtre et gentiment picoter mes adversaires à mort. Oh comme il est amusant de percer un adversaire d’une flèche à une centaine de mètres, tout en restant en vie jusqu’à la fin du combat. Le meilleur dans tout ça, c’est que je n’ai même pas besoin de bien viser, mon unité, si je la place bien, peut tout à fait le faire pour moi. Quelle joie. C’est là qu’on nous annonce que la session est finie, la salle se fige et fait semblant de ne rien avoir entendu; peut-être que si la partie se lance on nous laissera la finir? Il y a encore tellement de choses à tester: si je ne m’arrête pas sur la colline et que je prends les adversaires complètement à revers, que se passerait-t-il? Et si je prends davantage de dégâts plutôt que la résistance accrue? Et surtout je n’ai pas encore essayé les fantassins, vous ne pouvez pas me laisser partir sans avoir essayé les fantassins, si?

La session prend fin. Ah, ils sont malades ces Turques, personne ne devrait faire ça! Je ne les aime plus tant. Ils sont en train de produire un excellent jeu.