Nous avons souvent peur des titres qui sortent d’un cycle de développement long et torturé. C’est bien sûr le cas de Final Fantasy XV, sur lequel on aime bien s’exclamer qu’il est « en développement depuis 10 ans! ». Il s’agit d’ailleurs de la principale interrogation sur le jeu: peut-il être de bonne qualité après tout ce temps? Le but de Square-Enix n’était pas juste de faire un bon jeu, Final Fantasy XV devait aussi marquer le renouveau d’une série qui a eu du mal à se connecter à son public depuis plus de 10 ans. Il fallait également se refaire une place dans le cœur des fans ainsi que s’introduire à un public plus jeune. C’est d’ailleurs ce qu’indique son écran de titre: « Un Final Fantasy pour les fans et les nouveaux venus ». Qu’en est-il ?

Il semblerait qu’on peut enfin clore le chapitre Fabula Nova Crystallis. Commencé en 2004 et annoncé au public en 2006, l’énorme projet de Square-Enix avait pour ambition de créer un nouveau sous univers Final Fantasy, comme nous avions pu le voir avec Ivalice ou les différents produits Final Fantasy 7. Au départ, la collection était sensée contenir Final Fantasy XIII, Final Fantasy Agito XIII et finalement Final Fantasy Versus XIII, chacun se déroulant dans une mythologie commune. Au final, un temps de développement rallongé sur les Crystal Tools, le moteur graphique créé pour l’occasion, et une réussite commerciale mitigée ont poussé l’éditeur japonais à tenter de rattraper ses coûts en sortant deux autres volets à Final Fantasy XIII, avant même de donner sa chance à Final Fantasy Versus XIII. Pendant ce temps-là, un autre studio de Square-Enix mettait sur le marché Final Fantasy XIV, avant même que la saga XIII ne soit terminée. N’ayant pas rencontré de succès majeur avec Fabula Nova Crystallis, Square-Enix a décidé de laisser tomber la marque et de réannoncer Final Fantasy Versus XIII sous le nom de Final Fantasy XV, avec un nouveau moteur graphique et un univers bien à lui.

Dès les premières minutes du jeu, on remet en question l’âge du jeu. Les graphismes et animations sont à la pointe de ce qu’il se fait sur console pour un jeu monde-ouvert et la taille du terrain à explorer est simplement gigantesque. La technologie n’est pas le seul indicateur d’un jeu moderne, le type de jeu lui-même n’existait pas il y a 10 ans; le joueur est lâché dans le monde et c’est à lui de décider quelles quêtes il veut effectuer ou pas. Le tout est vaguement guidé par une trame principale qui n’est que rarement sous les feux du projecteur.

Le développement problématique se ressent surtout au niveau du scénario, qui est complètement décousu et incomplet. Certains des moments clés de l’histoire ont clairement été coupés au montage et c’est au joueur d’essayer de remplir les vides avec son imagination. J’ai éclaté de rire à plusieurs reprises vers la fin du jeu tellement la narration n’avait plus aucun sens. Ceci dit, si j’ai éclaté de rire plutôt que de m’en plaindre, c’est parce que l’histoire, au fond, on s’en fiche. Ce qu’il y a au coeur de Final Fantasy XV, c’est son gameplay et le road trip des quatre protagonistes.

Les éléments de gameplay de Final Fantasy XV pris séparément sont plutôt médiocres. Les combats sont monotones et peu stratégiques, avec une caméra exécrable, la magie est une plaie à utiliser, les donjons sont de simples tunnels, les environnements sont peu inspirés pour un Final Fantasy, les quête demandent de simplement courir à un endroit de la carte, l’évolution des personnages est sans intérêt, la pêche est simpliste, la conduite est automatisée, les chasses sont ennuyeuses et les mini-jeux sont seulement amusants à petites doses. Pourtant, le jeu n’est pas désagréable, il est même assez addictif. C’est le rythme avec lequel ses différentes activités se succèdent et comment elles interagissent entre-elles qui est réussi à merveille. À chaque fois que l’on commence à s’ennuyer, une autre activité se présente pour casser la monotonie. Chaque aspect du jeu est utilisé pour amener de la variété à l’expérience.

Prenons l’exemple d’un voyage en voiture, entre deux bouts de la carte, qui devrait prendre 5 minutes en temps réel, le but étant de faire une bête livraison pour une quête. Pendant la première minute il ne se passe rien, mais on joue avec la radio pour trouver nos musiques préférées des précédents volets de Final Fantasy. On écoute les 30 premières secondes du thème de Terra quand l’un de nos compagnons, Prompto, nous dit qu’il aimerait s’arrêter pour prendre une photo d’une chute d’eau: une autre quête simpliste où il suffit de se rendre au bon endroit. On accepte parce qu’on commençait à s’ennuyer et que, de toute manière, le meilleur bout du thème de Terra est déjà passé. Il faut marcher quelques minutes avant d’arriver à la chute d’eau; en chemin on rencontre quelques ennemis qui nous donnent du mal, rien que nos potions ne peuvent soigner, mais il faudrait peut-être penser à mettre à jour notre équipement. La chute d’eau n’avait rien d’impressionnant, mais on prend tout de même une photo, on retourne à la voiture et on reprend la route. Le temps de trouver « A Place to Call Home » sur l’autoradio, une discussion se lance entre nos héros. Prompto, cette fois, veut savoir si la dame à moitié nue du garage est déjà en couple. Une fois que tout le monde s’est moqué à tour de rôle du pauvre blond, le conducteur nous fait remarquer que la nuit est tombée est qu’il faudrait s’arrêter pour camper. Une fois le camp installé, on peut choisir un plat à préparer à partir de nos réserves de nourriture. Cette zone semblait difficile, peut-être qu’utiliser les ingrédients plus rares pour un meilleur bonus de combat serait judicieux ? Dernière activité avant de fermer les yeux: Prompto tient absolument à nous montrer ses photos de la journée. Ah oui, voilà la fameuse chute d’eau et… Ha! Le beau salaud a pris une photo pendant qu’on se faisait zigouiller par une panthère-laser! Le matin, on se rend compte qu’il y a un spot de pêche juste à coté du camp. Peut-être qu’il faudrait refaire le plein de poisson pour le prochain repas ? Après avoir péché toutes les espèces de poissons que l’on ne connaissait pas, on finit par reprendre la route et arriver à destination. On délivre notre colis contre de précieux points d’expérience avant de faire un rapide tour des magasins. Malheureusement, on n’a plus les fonds pour acheter les nouvelles armes à disposition, c’est sûrement le moment de partir à la chasse ! Voilà comment Final Fantasy XV transforme ses quêtes monotones de 5 minutes en réelles aventures.

Tous les moments de jeu décrit ci-dessus servent aussi à renforcer la sensation de road trip, où chaque étape est une aventure et où on ne sait jamais vraiment ce que l’on va décider de faire au prochain détour. Le système de photos du jeu a aussi un impact beaucoup plus grand qu’attendu, les photos montrées en fin de journée rappellent des moments comme s’ils s’agissaient de vieux souvenirs, sentiment soutenu par le fait que les autres personnages commentent dessus. Certains dialogues capturent aussi très bien les nouveaux liens qui se forment entre les héros, en particuliers ceux du soir au coin du feu, qui sont malheureusement trop peu nombreux.

Il est extrêmement facile de trouver des problèmes à Final Fantasy XV, mais il n’en reste pas moins un jeu addictif et divertissant. Si mon fan intérieur pleurait l’absence de combats en tour par tour, de profondeur dans les statistiques de personnages et la fantaisie extravagante des précédents volets, ces changements aideront les nouveaux venus à plus facilement trouver leur marque dans cette gigantesque aventure. On ne retrouvera pas non plus la qualité impeccable des volets d’avant FFXIII, un coût acceptable pour une structure de jeu bien plus ouverte et moderne. Final Fantasy XV ne se classera pas avec les meilleurs opus de la série, mais la nouvelle direction donnée tient la route.