Le premier Dragon Quest Builders était plein de promesses et proposait des idées intéressantes mais a été saboté par quelques mauvaises décisions de design qui en ont fait un jeu inégal. Parfois excellent, souvent frustrant. Pour produire ce deuxième opus, Square-Enix a clairement écouté les critiques et a tenté de poncer les imperfections. Après rénovation, cette nouvelle bâtisse en vaut-elle la peine?

Nombre des améliorations portées à Dragon Quest Builders 2 sont simplement des changements superficiels. De simples suppressions d’éléments jugés frustrants ou des ajouts de petites mécaniques pour tenter d’améliorer des phases un peu faiblardes. On peut maintenant se déplacer extrêmement rapidement grâce au sprint et à une téléportation très généreuse, la gestion de l’inventaire a presque été complètement supprimée grâce à un sac de Père Noël mis à disposition dès le début et on peut détruire l’environnement à coups de 125 blocs. L’expérience en devient plus agréable, les pertes de temps du premier opus ont quasi disparu et on arrive plus rapidement au résultat que l’on veut.

En plus d’avoir lissé ses mécaniques, Builders 2 ajoute énormément de nouveaux blocs de construction, multipliant les possibilités du joueur. C’est d’ailleurs un des aspects qui m’a le plus marqué dans ce nouveau jeu par rapport au premier: la variété proposée est extrême. On peut s’occuper de sa ferme, explorer, résoudre des puzzles, récolter des ressources, combattre des ennemis, construire de nouveaux bâtiments, remodeler son village, cuisiner, miner ou encore décorer les intérieurs. Cette nouvelle aventure ne manque vraiment pas d’activité et c’est une de ses plus grandes forces. On trouve toujours quelque chose à faire et le résultat de nos actions est souvent visible et gratifiant.

Presque tous les éléments, au final, reviennent à améliorer son village et à rendre ses habitants heureux. C’est presque dommage que Builders 2 soit resté un jeu d’aventure comme son prédécesseur plutôt que de sauter le petit pas qu’il lui restait pour devenir un jeu de gestion. Le plus gros reproche que l’on puisse lui faire est sans doute que sa structure ne sait pas mettre en avant toutes ses mécaniques amusantes.

La structure en missions, qui à la base semblait donner un fil rouge à un genre trop ouvert, abaisse de manière regrettable le rythme du jeu. Si le joueur est libre de faire ce qui lui plaît, ne pas suivre les missions des NPCs revient à cesser sa progression. Au lieu d’en rester aux vagues objectifs de chapitres comme “planter 250 graines”, le jeu de Square-Enix force des objectifs intermédiaires pour débloquer des graines supplémentaires. Pire encore, certains NPCs ne donneront pas leur quête avant d’avoir complété les bons objectifs (cachés!) préalables. L’exploration est donc souvent récompensée par le dialogue “Il n’y a pas de dialogue”. En fin de compte, on se résigne à suivre bêtement les missions qui s’offrent à nous. C’est bien dommage, le monde de Builders 2 est gigantesque (surtout si on prend en compte sa hauteur) et son exploration est en grande partie scriptée et criblée de points de navigation.

Les nouvelles mécaniques sont agréables, mais le jeu n’a pas su s’adapter pour les intégrer correctement. À part lors des quelques donjons que propose le jeu, les expéditions vers l’inconnu ont beaucoup perdu de leur charme. La téléportation et le sprint les ont accéléré à un tel point que dans la plupart des cas on n’a pas l’impression d’avoir été très loin. La suppression de la gestion d’inventaire réduit aussi la préparation nécessaire avant le grand départ, alors que le crafting et la récolte de ressources durant l’expédition sont absolument inexistants. Le sentiment d’aventure s’en retrouve ainsi diffus.

Avoir un rythme dicté par les designers n’est pas forcément une mauvaise chose, mais celui sur lequel tombe Builders 2 est, dans le meilleur des cas, lent et catastrophique autrement. L’absence d’une réelle partie d’exploration a laissé de la place à d’autres éléments. D’une part, on s’occupe beaucoup plus de notre village ce qui est un plaisir, mais de l’autre on passe énormément de temps à lire des dialogues interminables avec des NPCs qui ne sont visiblement pas capables de juste nous filer leur mission. La quantité de lignes de texte et d’accompagnement donne l’impression d’être encore en plein tutoriel après plus de 30 heures de jeu. Affolant.

C’est amusant de constater que pour la deuxième fois, c’est la structure de Dragon Quest Builders qui lui fait défaut. Tous les éléments sont là pour proposer une très bonne expérience, mais on se retrouve de nouveau avec beaucoup de promesse et un jeu « juste » bon. Chaque moment prenant ou intéressant est pris en tenaille par de la répétition et de la maladresse. Le concept de base aurait mérité qu’on repense toute l’architecture du jeu plutôt que juste modifier quelques éléments en périphérie.

Jeu testé sur Switch. Quelques ralentissements visibles sont à déclarer, mais l’expérience n’en est pas amoindrie.