Les jeux indépendants développés par une unique personne se font de plus en plus rares, surtout ceux qui sortent sur plusieurs plateformes en parallèle et qui atteignent une bonne notoriété avant même d’être sortis. C’est pourtant le cas de Donut County que Ben Esposito développait pendant son temps libre alors qu’il travaillait sur de plus gros titres tels qu’Unfinished Swan ou What Remains of Edith Finch. Deux jeux particulièrement salués pour leur créativité et leur variété. Le développeur a-t-il pu garder un tel niveau de qualité en travaillant sans ses talentueux collègues de chez Giant Sparrow?

C’est par son esthétique unique, son écriture décalée et sa musique entraînante que Donut County marquera les esprits. L’univers exploré lors des 2 courtes heures que dure le jeu déborde de charme et distribue des sourires à tout-va. Une qualité clairement assumée par son designer puisque l’expérience est partagée également entre le temps de jeu et le temps d’exposition à ce monde. Chaque niveau est encadré d’une introduction et d’une conclusion qui ne construisent pas seulement un contexte autour du gameplay, mais qui sont, elles-mêmes, très divertissantes.

Chaque phrase de Donut County a le potentiel de faire rire ou sourire, surtout dans le « Trashopedia« ; l’encyclopédie in-game maintenue par un raton laveur et donnant des descriptions des différents objets du jeu selon son point de vue. Avec la narration, cette encyclopédie participe au temps de répit entre chaque niveau pour rythmer l’expérience sur un tempo plus détendu. Dans l’ensemble, le jeu a une cadence agréable à suivre et il se finit avant qu’on ne se lasse de ses différentes propositions.

Ce sont les phases avec la manette en main qui pèchent un peu. Elles sont divertissantes et suffisent à nous transporter jusqu’à la fin du jeu, mais on aurait aimé voir un peu plus de finesse dans les mécaniques et les puzzles. Le but du jeu est d’avaler tous les objets du niveau dans un trou que l’on contrôle. Chaque élément tombant dans le trou le fera grossir, lui permettant de viser de plus gros objets et progresser vers l’objectif. Ce concept va évidemment rappeler la série Katamari dans laquelle on doit réaliser une boule de neige géante en la roulant dans divers environnements. Il est intéressant de constater qu’autant les qualités que les défauts de la série de Keita Takahashi se sont transférés dans Donut County. La progression est tout aussi gratifiante, mais elle n’aboutit à rien. En à peine quelques minutes un objectif qui semblait inatteignable se fait avaler avec aisance par notre gouffre sans fond et le niveau s’arrête net avant de tout devoir recommencer dans le prochain. Cette progression en dents de scie s’avère souvent frustrante, même si la chute est ralentie par la narration qui reprend les rennes. Le jeu ne vise pas à offrir du challenge, mais un peu plus de difficulté n’aurait pas été de refus. Les puzzles présents sont divertissants, mais il n’y en a tout au plus qu’un par niveau et ils se résolvent rapidement.

Donut County est court, agréable et laisse un bon feeling dans nos petits coeurs, c’est largement suffisant pour justifier son petit prix d’achat, mais il ne faut pas s’attendre à du grand jeu vidéo. Son concept a déjà bien été exploré dans les Katamari et il n’a pas vraiment grand chose de plus à nous proposer.