Aux yeux du profane, Fortnite est ce jeu opportuniste qui s’est inspiré de Playerunknown’s Battlegrounds (PUBG) pour se créer un petit succès et réussir à occuper le top 10 de Twitch assez régulièrement. La réalité est pourtant toute autre. En vérité, personne ne sait ce qu’est Fortnite, même pas Epic, son développeur. Enfin… c’est ce qu’on pense.

Annoncé au départ en 2011, Fortnite était voué à un succès certain. C’était juste avant l’ère courante des moteurs de jeux propriétaires et Epic était maître de l’industrie avec son Unreal Engine 3 qui faisait, en apparence, tourner toutes les grosses productions. Les séries Mass Effect, Batman et Bioshock ne sont que des exemples de jeux qui ont fait appel au moteur du studio américain. Epic n’était pas juste un développeur de moteurs graphiques, les développeurs étaient aussi, sans doute, les meilleurs utilisateurs de leur technologie. En effet, le joyau et la fierté de la Xbox 360, Gears of War, venait tout droit de chez Epic Games.

Dès le départ, Fortnite ne semblait pas être le produit d’une forte vision artistique. À l’époque, Minecraft était en plein essor et Call of Duty profitait d’un succès jamais vu auparavant dans l’industrie du jeu vidéo, en outre grâce à son mode zombie devenu très populaire avec Black Ops l’année précédente. Si le premier trailer de Fortnite n’était pas trop révélateur à ce niveau, les communiqués de presse qui ont suivi ont confirmé qu’il serait bel et bien un mélange des deux gros succès du moment. Lâchés dans un monde procéduralement généré, l’objectif des joueurs était de ramasser des ressources en détruisant des éléments du décor. Avec ces ressources, une base pouvait être érigée pour se défendre contre les attaques de zombies qui se déroulant la nuit.

Dans le courant de l’année 2012, lors de la Comic-con, Epic déclarait que Fortnite serait le premier jeu de leur tout nouveau moteur graphique, l’Unreal Engine 4, et sortirait en 2013 exclusivement sur PC. Un choix de plateforme, alors, particulièrement étonnant puisque les consoles dominaient le marché et les jeux les plus connus d’Epic étaient exclusifs à une console. Cliff Bleszinski, encore chez Epic à ce moment, émettait la possibilité que le jeu ne reste pas uniquement destiné au PC (depuis, il s’est jeté dans le trou bien nommé LawBreakers). Ce manque de confiance sur la plateforme, bien que relativement classique somme toute, aurait bien pu être symptomatique du manque de direction de Fortnite ou de l’état de son développement.

Quelque ait été la situation en 2012, ce qui est sûr c’est que le jeu n’a pas vu le jour en 2013… ou les trois années suivantes. C’est en grande partie, nous imaginons, à cause des problèmes rencontrés sur le développement de l’Unreal Engine 4 qui n’a que vu apparaître ses premiers jeux en 2014. Les problèmes de Fortnite devaient être plus ancrés, puisque au final, il n’est non seulement pas le premier jeu à être sorti sur Unreal Engine 4, mais même pas le premier jeu d’Epic à être sorti sur le moteur, Paragon l’ayant battu dans la course. Jusqu’au mois de juin de cette année les informations sur Fortnite étaient maigres: une vidéo de gameplay en 2014, une apparition très surprenante sur la scène d’Apple au WWDC 2015 pour annoncer un port Mac, et des informations sur des alphas et bêtas fermées à droite et à gauche, dont nous n’avons vu passer que les leaks.

C’est donc seulement en juin de cette année que Fortnite a réellement refait surface pour annoncer qu’il serait disponible en Early Access sur PS4, Xbox One, PC et Mac à partir du 25 juillet. Une nouvelle inattendue, mais pas si bienvenue. Cette déclaration avait de quoi étonner. Le jeu avait été en développement depuis plus de 6 ans, une sortie complète était plus attendue qu’un Early Access. Cette nouvelle a autant été accueillie par l’excitation d’enfin pouvoir mettre les mains sur le jeu que par de l’incertitude. On était en droit de se demander si Epic ne voulait pas juste tirer des profits de son jeu en développement depuis trop longtemps, d’autant plus qu’il était déjà en beta depuis plus de 2 ans. À terme, Fortnite est sensé être Free to Play, mais son Early Access est payant avec un prix d’entrée à 40.-. Le gameplay de la beta était encore proche de celui qu’on a pu entrevoir en 2014: un mélange de Minecraft et de Call of Duty: Zombies. L’Early Access a rencontré un certain succès, sans pour autant battre des records de vente.

Parallèlement à l’annonce et la sortie de Fortnite, PUBG est passé du statut de jeu à succès à phénomène vidéoludique, allant de 2 à 10 millions de copies vendues entre les mois de mai et septembre. Chiffres sur lesquels Epic étaient bien informés puisque le titre de Bluehole (PUBG Corp., depuis peu) tourne sur l’Unreal Engine 4. Nous savions tous que suite au succès de PUBG, les éditeurs friands d’argent se jetteraient sur le concept et nous noieraient dans des jeux similaires dans les années qui viennent; on ne s’attendait juste pas à ce que le premier jeu à le faire soit Fortnite qui venait à peine de quitter une phase de développement de 3 ans sans en sortir bien changé. Fortnite a prouvé une fois de plus qu’il préférait s’inspirer qu’innover en annonçant que son nouveau mode aurait, lui-aussi, une île sur laquelle 100 joueurs seraient parachutés afin de s’éliminer jusqu’à ce qu’il n’y ait qu’un survivant. Pour inciter davantage les joueurs à venir s’essayer au Battle Royale à la sauce Epic, ce mode en particulier est mis à disposition gratuitement dans un launcher séparé. Cet opération a été un succès si l’on en croit les chiffres de Twitch qui semblent indiquer que beaucoup de joueurs ont croché à l’expérience.

Nous avons passé quelques heures avec le nouveau mode de Fortnite, et il faut avouer qu’on a plutôt bien aimé. La capacité de construction venant du mode coop s’avère assez pratique dans ce type de jeu et offre des options stratégiques impensables dans d’autres titres du genre. L’équilibrage est bien différent puisque l’île est plus petite et n’a pas de véhicules. L’expérience est également beaucoup plus intense en action que PUBG, surtout au départ des parties, mais ce changement est à double tranchant puisqu’on risque souvent de voir nos parties ne durer qu’une poignée de secondes, alors même qu’on s’ennuie moins à traverser des grandes plaines vides. Ce que nous préférons c’est qu’il y a une vraie dimension de “farm”, on ne se retrouve jamais avec rien à faire, puisque même si la chance n’est pas de notre côté et ne veut pas nous donner d’objets utiles, il est toujours possible de récolter des ressources pour construire. La destruction complète des environnements amène aussi une toute nouvelle dynamique: un lâche qui se cache derrière un arbre est maintenant un lâche qui se cache derrière un arbre que l’on peut détruire.

On a même réussi à gagner une partie

Mais qu’est-ce que Fortnite maintenant? À vrai dire, on ne sait plus trop. Le compte Twitter officiel @FortniteGame semble n’avoir d’yeux que pour son nouveau mode à succès, mais la partie payante du jeu est encore le mode original de défense contre les zombies. On ne sait pas exactement où ça laisse les clients payants qui voulaient spécifiquement le mode principal. Verront-t-ils encore des mises à jour sur cette partie soudainement moins populaire? L’avenir nous le dira. Pour ce qu’on en sait, Fortnite sera un jeu de cartes à collectionner d’ici sa sortie officielle en 2018.