Mes chères et chers amis, je ne vais pas vous la faire longue, on va parler de Cyberpunk 2077 (c’est dans le titre en même temps) et ça ne va pas être joli. Je ne vais pas vous cacher que le désastre était prévisible mais il y avait tout de même l’espoir de disposer d’un bon produit en fin de compte. Résultat, CD Projekt livre son pire jeu et sans doute l’un des plus grands échecs de l’industrie malgré d’excellentes ventes. Sans entrer trop longuement dans les détails, il me semble néanmoins important de vous donner quelques explications. Préparez vos puces, allumez vos néons violets et laissez moi vous raconter pourquoi Cyberpunk 2077 n’est pas un bon jeu.

Si nos deux précédentes rencontres avec Cyberpunk 2077 durant les Gamescom 2018 et 2019 ne nous avaient pas emballé plus que cela, c’était bien parce qu’au-delà d’un certain feu de pailles, le nouveau-né de CD Projekt nous apparaissait finalement quelconque, sans nouvelles idées et ayant un mauvais goût de déjà-vu. Il y avait certes la magie de Night City (et nous y reviendrons) mais en termes de gameplay pur, Cyberpunk 2077 semblait être fade. Chose confirmée à sa sortie, malheureusement. Mettons de côté les bugs et autres problèmes techniques l’espace d’un instant (nous y reviendrons également) et regardons concrètement comment s’articule Cyberpunk 2077. Il s’agit d’un FPS dans un monde ouvert futuriste qui implique des fusillades, des déplacements en véhicule et du loot. Une formule éculée qui se positionne plus du côté de Far Cry que de GTA. On court, on tire, on se cache, on scan et hack des ennemis en résolvant des petites séquences chiffrées, on va d’un point A à un point B, on tire souvent sans trop savoir sur qui ni pourquoi, et on écoute longtemps, très longtemps, des PNJ parler en ayant l’illusion de choix lors de certains dialogues. Les missions ne sont pas variées et l’écriture est brouillonne voire mauvaise par moment. On se perd dans le flot de messages reçus sur son téléphone par des PNJ dont on ne connaît pas l’identité et qui, une fois la présentation de cinq secondes passées, se glissent doucement au fin fond de la pire messagerie qu’un jeu vidéo ait connu. On cherche un peu des sensations en s’infiltrant dans des maisons pour des missions annexes, mais on comprend très vite que l’infiltration, ça n’est pas vraiment le haut du panier. Quant à la conduite, c’est comme si CD Projekt avait oublié de coder des freins aux voitures. Bref, on ne passe pas forcément des moments très fun. Non pas que Cyberpunk 2077 soit injouable, mais il n’amène rien de nouveau et semble plutôt se contenter de sa médiocrité. Tous les patchs du monde ne changeront rien à cela.

Les patchs justement. Promis comme le messie, ils devraient régler la myriade de bugs et autres problèmes techniques et stabiliser les performances du jeu. Okay cool. C’est bien. Dommage que ça ne soit pas de base. « Mais pourquoi donc ça ne l’est pas mon cher Jorris ? » me direz-vous. Eh bien sans doute parce que Cyberpunk 2077 n’aura été que véritablement développé en l’espace de 2 ou 3 ans, un temps trop court pour un jeu de cette ampleur. Très certainement remis à zéro plusieurs fois et réarrangé en cours de route, le projet a subi les changements et modifications d’objectifs finaux et n’a pas réussi à atteindre le degré de qualité souhaité. Le problème des départements de la communication et du marketing, qui ont su brillamment créer une attente longue de 8 ans sur la base d’une idée, ont aussi fabriqué le mur qu’allait se prendre de plein fouet CD Projekt en ne réussissant pas à combler cette attente fantasmée par des joueurs en quête de rêves. Rêves brisés par les bugs de PNJ et de voitures, par une interface horrible et illisible, par des quêtes inachevées et une IA à qui on a enlevé le I pour ne garder que le A. Cette dernière ne peut pas monter dans une voiture si elle est à pied, ne sait pas conduire de moto (vous ne verrez aucune moto dans le jeu sauf la votre), a de graves problèmes d’animation, et semble plus vouloir s’offrir aux balles que véritablement proposer un challenge en combat. Des problèmes qui s’ajoutent aux dysfonctionnements majeurs nommés plus haut et qui font de Cyberpunk 2077 un raté technique et mécanique.

Avec tout cela, peut-on se tourner vers sa narration pour y chercher un peu de réconfort ? Possiblement. Mais là aussi, Cyberpunk 2077 reste médiocre. On ne peut pas en vouloir à CD Projekt de ne pas nous avoir averti puisqu’en réalité, personne ne savait réellement quelle allait être l’histoire de Cyberpunk 2077 et de son personnage V. Sorte de hackeur/mercenaire, V est embarqué dans une aventure qui va l’emmener aux portes de la mort à la rencontrer Johnny Silverhand, mal joué ici par Keanu Reeves. Ce personnage indigeste, illisible et mal écrit nous accompagne tout au long du jeu et propose des petites réflexions révolutionnaires de bas étage. Cyberpunk 2077 raconte mal une histoire, ne sait pas quand créer une attente ou un climax, n’a que peu de personnages un tantinet intéressants et se perd en conjectures. Il est loin le temps où on s’égosillait de bonheur devant la quête du Baron Rouge dans The Witcher 3. Cyberpunk 2077 n’est donc pas folichon du point de vue narratif et n’a aucune mission mémorable ou géniale à proposer. Ce problème majeur met alors en avant les mécaniques, qui ressortent du filtre narratif. On se rend compte ainsi que ces dernières n’ont rien à apporter au jeu parce qu’en tant que joueur, on se perd vite dans le brouhaha narratif où s’empilent personnages soi-disant importants et ce fichu téléphone à l’interface horriblement pensée. Le jeu « passerait » mieux s’il était mieux écrit. On peut se contenter du côté FPS avec quelques bonnes sensations de tirs mais à nouveau, l’ensemble rend le tout très quelconque. Il manque un je-ne-sais-quoi d’intense et de furieux dans ces moments d’affrontement. Quant aux récompenses glanées, elles améliorent les dégâts et permettent d’en encaisser un peu plus. On ramasse à la pelle des armes qui vont augmenter de 1 ou 2 dps le tout, et on peut passer son temps à changer constamment d’armes. Aucun intérêt ne se dégage du loot malheureusement tant il tombe constamment et devient, de ce fait, peu significatif. Et puis il faut passer par l’interface alors bon…

Bon mais il y a quand même du positif dans ce jeu ? Oui. Night City: la ville de tous les fantasmes, le véritable personnage de ce jeu. Cyberpunk 2077 vaut le détour pour sa ville, ses immeubles à n’en plus finir, ses néons et ses couleurs, ses quartiers et ruelles où il se passe toujours quelque chose. On peut le dire, Night City est sans doute l’une des plus belles villes de jeux vidéo. Monter dans sa voiture, prendre la route et tout d’un coup embrasser en un coup d’œil cette mégalopole fourmillante de vie à l’architecture futuriste a de quoi faire tourner la tête. Le plaisir est simple mais il est beau et il mettra un peu de baume au cœur. A pied, les sensations sont plus confuses mais restent assez géniales. Les PNJ ont des allures et des dégaines uniques, les voix sont superbement bien doublées (en anglais du moins), et on sent qu’il y a eu un véritable travail de fond pour proposer une atmosphère un peu sale mais stylisée. Night City offre décidemment son lot de surprises et la balade au gré d’un son électro peut s’avérer enivrante. De quoi sauver un peu Cyberpunk 2077, un peu.

Voir autant de critiques positives sur un jeu mal embranché, au détour narratif éculé et au gameplay quelconque nous a surpris et on s’est longtemps questionné sur notre propre critique et sur l’honnêteté intellectuelle de certains articles ou avis. Cyberpunk 2077 n’est pas un très bon jeu, il est plutôt médiocre lorsqu’on le décortique. Pris dans son ensemble, il reste relativement indigeste et n’est sauvé que par la qualité visuelle de sa ville qui, oui, vaut le détour. L’ambiance est plutôt bien pensée et les PNJ sont assez uniques mais cela n’autorise pas quelqu’un à dire que c’est un excellent jeu. Ses défauts majeurs entachent nettement l’expérience et ajouté à cela des bugs à foison, une interface des plus horripilantes et une narration bateau qui ne cherche même pas à être un tantinet intéressante et vous obtiendrez un jeu aux ambitions trop élevées qui n’arrive pas à faire bien ce qu’il voudrait tant réussir. Cyberpunk 2077 n’est pas le jeu de l’année, et aucun patch ne changera en profondeur ses problèmes.