Des soirées passées entre amis sur Towerfall à s’invectiver joyeusement à l’idée qu’un jour une aventure solo reprenant les mêmes codes voie le jour, il y avait un rêve sommeillant en chacun de nous. Ce fol espoir, le voilà comblé par Matt Thorson lui-même, le créateur. Avec sa nouvelle production, Celeste, il transpose l’esprit de son jeu précédent dans une aventure sublimée par un gameplay solide et une histoire soigneusement racontée. 

Celeste est un jeu de plateformes où mourir est en grande partie ce qui constitue l’essence-même du jeu. Ce die and retry propose de suivre l’ascension compliquée du Mont Celeste par Madeline. Tout au long de son aventure, Madeline ne va jamais cesser de sauter avec une précision frisant la perfection tout en dashant dans n’importe quelle direction afin d’atteindre des lieux que tout être normalement constitué aurait déclaré impossible. De par son départ millimétré et son ascension fulgurante dans les premiers niveaux, la sensation de réussite s’emparera de chacun et ne le lâchera plus jusqu’à la fin de l’aventure et ce malgré des moments pénibles où les morts s’enchaîneront à la pelle. Celeste est ainsi un jeu difficile mais pas inaccessible et sa courbe de progression renforce ce sentiment que rien n’est impossible. La preuve, on l’a terminé.

Matt Thorson et son équipe ont ainsi réussi le pari un peu fou de proposer le gameplay de Towerfall réduit à son strict minimum (un saut, la possibilité de s’agripper à une paroi et un dash) et une réalisation extraordinaire. Près de 700 tableaux tous plus complexes les uns que les autres défileront jusqu’à ce que mort s’en suive. La progression se fait ainsi par l’échec mais jamais par la frustration. Il se dégage étonnamment de Celeste une envie de se sublimer en tant que joueur afin de réussir ce tableau qui nous a pourtant vu mourir des dizaines de fois. Un des écrans de chargement indique même qu’il faut être fier de son nombre de mort parce qu’à chaque échec, on se rapproche de plus en plus du but. A l’instar de The Witness, la sensation qu’à un moment notre cerveau et nos réflexes se coordonnent pour fournir l’effort parfait à la réalisation d’un mouvement décisif rend l’expérience Celeste exaltante.

L’échec comme apprentissage n’est pas seulement visible dans le gameplay, il se traduit également dans la lecture de ce que raconte Celeste. Ce mont à gravir, cette montagne qui paraît insaisissable marque pourtant le départ de cette quête impossible de Madeline. Elle qui n’a de cesse de remettre en question sa présence sur les flancs de cette montagne se verra tirailler par son double maléfique, sorte d’expression corporelle de sa dépression. Ce double, Madeline va devoir l’affronter et le confronter afin de se surpasser si elle veut réussir son ascension. La narration, simple mais extraordinairement bien rythmée et jamais redondante, s’efforce ainsi de proposer au joueur une lecture de cette sortie de la maladie, de l’anxiété, du stress vers le sommet, le bonheur et la contemplation. Cette élévation de l’âme ne se fera pourtant qu’à travers l’échec et la mort. Une leçon de vie presque inattendue dans un médium qui peine parfois à raconter des histoires profondes.

Au-delà de son gameplay et de son histoire, Celeste se démarque par une variété à couper le souffle des tableaux et énigmes. Chaque nouvel élément présenté se décline ainsi de toutes les manières possibles sans jamais devenir lourd. On saute, on s’agrippe, on dash dans tous les sens et on ressent ce rythme voulu par l’équipe de développement. Ce rythme, justement, fait de Celeste presque un jeu musical. Ce d’autant que la musique, composée par Lena Raine, propose des thèmes marquants et des variations au piano qui vous resteront dans la tête. Sans doute l’une des plus belles bandes originales de jeu vidéo. Celeste se retrouve ainsi bonifié par toutes ces qualités et n’arrive jamais à décevoir ou à frustrer.

Que dire de plus sur ce platformer de l’extrême, cette merveille, ce bijou ? Celeste figure déjà au panthéon des meilleurs jeux de plateformes et sans aucun doute l’une des meilleures productions de l’année. Oui, on ose déjà le clamer haut et fort parce qu’il n’y a nul pareil à l’heure actuelle. Matt Makes Games signe un chef d’oeuvre, un classique et un jeu qui vous emmènera au sommet de ce que l’industrie vidéoludique peut faire.