Ecrit par Gary Nietlispach et Jorris Sermet

Comme chaque année, un nouvel épisode de Call of Duty s’immisce sur le marché. Mais cette fois, et pour la première fois depuis 2015, nous avons ressorti nos meilleurs frags pour découvrir ce nouvel opus, Black Ops IIII. Pourquoi ? Dans quel but faisons-nous cela ? Tout simplement parce que nous pensons que cet épisode peut marquer un tournant dans le monde des FPS triple A. Explications.

Comment repenser une série qui s’est adonnée à l’art de la redite depuis une dizaine d’années ? Voilà la question qui a certainement trainé dans les couloirs d’Activision ces derniers mois. Sur cette génération de consoles, le déclin s’est ressenti dès l’épisode Ghost. Pour remédier aux problèmes, chaque studio travaillant sur Call of Duty a tenté à tour de rôle de réinventer la série en explorant les diverses options que proposent les combats futuristes avec un succès tout relatif. Si les ventes n’ont pas été catastrophiques, la série phare d’Activision a tout de même subi un certain essoufflement. Même un retour en arrière avec WWII a été pensé l’an dernier pour capter à nouveau ce fidèle public, peut-être las des épisodes futuristes. Cette année néanmoins, la donne a complètement changé. Treyarch, le studio en charge de Black Ops IIII, doit aller chercher un nouveau segment de joueurs : celui des Battle Royale. Et la chose pourrait bien ne pas être aussi simple, tout puissant qu’Activision soit sur le marché.

Traditionnellement Call of Duty dispose de trois parties : la campagne, le multi et de la coop qui a souvent pris la forme d’un mode zombie. Cette année, les choses sont un peu différentes. Qu’il s’agisse de raisons de productions ou de statistiques de finition de campagne, Treyarch a décidé de ne pas proposer un solo à ses joueurs. Pour pallier ce manque, un mode supplémentaire a été construit de toute pièce et il s’agit, bien entendu, d’un mode Battle Royale. Existe-t-il meilleur moyen de capturer le public du Battle Royale qu’en proposant soi-même un mode du même genre ?

Le mode Zombies

Avant d’entrer dans les détails, évacuons rapidement ce qui semble être le point faible de cette licence : son mode zombie. Soit nous ne comprenons absolument pas l’essence même de ce mode, soit il est complètement inintéressant. Partons du principe que la seconde hypothèse est correcte (pour notre crédibilité). Le mode zombie cherche simplement à mettre les joueurs en mouvement dans des environnements relativement sympathiques (une arène romaine, le Titanic etc.) infestés de zombies. L’idée consiste simplement à éliminer ces derniers en récoltant des bonus et en achetant des armes à des points fixés dans les murs de la carte. Une idée saugrenue que n’arrêtent pas de relever les personnages jouables en mentionnant constamment qu’il s’agit là d’une bien étrange manière de procéder. On aura compris. Autrement, il faut simplement survivre le plus longtemps possible à des vagues incessantes de zombies toujours plus résistants. Autant vous dire qu’on a très rapidement été regardé du côté de L4D2

Le mode multijoueurs

Malgré des personnages annoncés comme plus endurants que ceux des précédents volets, l’action du mode multijoueur de Black Ops 4 est encore et toujours très nerveuse et rapide. On sprinte de kills en kills et on ne reste jamais mort plus de quelques secondes. On pourrait bien penser que ce rythme n’est plus d’actualité, puisque la tendances des dernière années a été d’amener plus de tactique dans nos shooters, mais la réalité est que du bon vieux Call of Duty reste amusant. Tuer un adversaire demeure marginalement plus amusant qu’il n’est frustrant de mourir, et les bonnes actions qui arrivent facilement une ou deux fois par partie sont richement récompensées en plus d’être elles-même gratifiantes.

Black Ops 4 reprend l’idée des héros de Black Ops 3 et en fait une mécanique mieux intégrée. Au début de chaque partie, les joueurs doivent choisir un personnage qui sera unique dans l’équipe et qui déterminera de quel équipement il dispose. Ce changement, bien que léger en surface, modifie passablement le rythme du jeu. Comme les grenades ne sont plus directement accessibles par défaut, leur spam est énormément réduit; il en va de même pour la probabilité de se faire tuer fortuitement et la frustration qui en résulte. Les voies principales de la carte se retrouvent ainsi bien plus praticables et font place à des affrontements en milieu de carte assez intenses bien que parfois un peu brouillonnes.

Le problème majeur de la série est malheureusement toujours présent. Une partie déséquilibrée aura tendance à se déséquilibrer encore plus à cause des récompenses accordées aux joueurs ne mourant pas. Il n’est pas rare d’en arriver au point où un serveur devient absolument injouable pour une des équipes, ce qui coupe rapidement tout plaisir de jeu. La frustration due à ces situations est encore exacerbée par les puissantes armes déblocables que les joueurs moins expérimentés regardent avec envie, ce qui donne souvent l’impression d’être tombé dans une partie impossible à gagner.

Blackout !

Le mode Battle Royale, nommé Blackout, ne fait pas grand-chose de nouveau pour le genre. On retrouve encore 100 joueurs parachutés sur une île et le principe reste le même : être le dernier survivant. On arrive au sol sans arme et il faut en trouver au plus vite pour se défendre et se débarrasser des joueurs ennemis. Conceptuellement, Blackout est très proche de PlayerUnknown’s Battlegrounds, proposant des véhicules, des attachements séparés des armes, des armures dégradables et des sacs à dos, mais de par la taille de sa carte et la vitesse de son gameplay, il se retrouve plus proche du feeling d’un Fortnite.

Un Battle Royale avec le gameplay de Call of Duty est une proposition alléchante, mais Treyarch a raté l’équilibre de certains éléments-clés du jeu, ce qui enlève beaucoup à l’expérience. Le plus gros problème concerne la stratégie à adopter pour gagner: ne pas engager de combats avec ses adversaires. Ceci est dû au fait que les bonnes armures offrent un gros avantage en combat et sont difficiles à trouver puisqu’elles se cassent souvent avant que l’adversaire les portant ne meurt. On a donc tendance à vouloir les conserver pour l’affrontement final. L’autre problème concerne le rythme de l’action. Un Battle Royale n’a pas forcément pour but fondamental de divertir les joueurs durant le temps que dure la partie. L’action devrait se suffire à elle-même lorsqu’elle est décidée par le joueur ou lorsqu’il doit y faire face. Dans PUBG, la dimension tactique et la prise de décision ont une importance cruciale sur les chances de victoire. Dans Blackout, il n’y a aucune prise de décisions, ou du moins aucun moment où on est amené à prendre une décision qui irait à l’encontre du déroulement naturel de l’action. Les combats sont nerveux, intenses, mal équilibrés, sans qu’en plus le feeling des armes ne soit à la hauteur de ce qu’il se fait ailleurs. Les sensations en prennent ainsi un sacré coup. Le rythme est par moment trop rapide ou trop lent. L’absence de tension qui en résulte en font un Battle Royale relativement triste et sans saveur. Dommage parce qu’il y a quelques bonnes idées, notamment en introduisant des zombies à certains endroits qui vont offrir du loot de meilleure qualité mais révéler par vos tirs votre emplacement. Au-delà de cela, Blackout se veut le chaînon manquant entre deux approches du BR, tentant par moment de copier PUBG et par d’autre Fortnite sans vraiment réussir à s’affirmer indépendamment de ces mastodontes.

Mais en quoi donc cet opus serait charnier(ère) alors ? Tout d’abord l’absence de solo pourrait se perpétuer aux autres opus, voire même contaminer l’ensemble des studio triple A qui s’adonnent à des FPS. D’autre part, il semble également indispensable à l’heure actuelle qu’un mode Battle Royale s’intègre au processus de production d’un tel titre et il se peut fortement que le prochain CoD en refasse un. Le dernier aspect qui mérite une petite mention concerne les ventes de Black Ops 4: le digital semble avoir pris le pas sur les ventes physiques et même largement, devenant le meilleur lancement digital d’Activision, devant Destiny 2. Serait-ce les prémisses d’une nouvelle ère ? Sans volonté de vendre du physique, Activision pourrait également développer des modes online qui s’intégreraient sur le long terme… comme des Battle Royale.