Advanced Soldier Desktop

Il est là, comme chaque année, il accompagne les fins d’années et déchaine les passions. Considéré comme une infamie par certains, adulés par d’autres, la guerre ne sévit pas que sur des écrans, elle se vit au quotidien entre ceux qui se réclament être des gamers et ceux qui n’ont d’yeux que pour lui. Call of Duty: Advanced Warfare, de son petit nom générique désormais traditionnel, remet l’ouvrage sur le métier pour ouvrir le traditionnel bal de fin d’année. Et bien qu’il ait été relégué ces dernières années à danser en solo dans son coin, la donne pourrait bien avoir changé. Parce qu’enterrer CoD, ce serait un peu comme dire qu’on ne prendra pas de kilos durant les repas chez Tata: on sait très bien que ça ne marchera pas.

Avant toute chose, il faut expliquer un peu le contexte de ce test. Je me suis longtemps posé la question s’il était nécessaire d’en parler vu que tous ceux qui s’intéressent aux jeux vidéo ont un avis bien tranché sur ce jeu et que les autres ne nous lisent pas. Mais voyez-vous, il m’est apparu un sentiment extrêmement particulier: j’avais presque envie d’y jouer. Un sentiment, vous en conviendrez, assez rebutant et très critiquable mais qui était bien présent. Ce n’est pas la présence de Kevin Spacey ou le marketing intensif qui m’ont insufflé cette envie, non, c’est plutôt parce que j’avais été déçu des concurrents. Si la série Battlefield propose un multijoueurs très vaste, avec des cartes énormes, des véhicules et des parties à 64, je me suis rapidement aperçu qu’il était devenu impossible de rejouer au dernier opus sans être dégoûté: problèmes techniques, impossible de lancer le jeu et puis une fois sur les serveurs, cette désastreuse impression de ne pas savoir quoi faire et surtout de ne pouvoir rien faire tant le niveau des autres joueurs est devenu élevé. Et puis, j’aimais bien les campagnes solo des FPS et les Battlefield m’avaient également laissé un goût amer dans la bouche tant elles étaient nulles. Au fond, en y repensant bien, seul Call of Duty avait réussi à proposer un solo intense et bien foutu avec sa série des Modern Warfare. Et c’était exactement ce que je voulais retrouver: un solo couloir, avec des scripts, des explosions toutes les deux secondes et une sorte d’exaltation abandonnée depuis longtemps. J’avais envie d’un FPS couloir, oui, parce que j’en avais marre de devoir courir à travers les champs pendant 15km pour trouver mon objectif. Ça ne m’intéressait plus. Call of Duty étant l’archétype des jeux scriptés, il était tout désigné pour me faire passer un bon moment.

Call of Spacey

L’histoire se passe en 2054. Après des événements qui mettent en place le personnage de Mitchell, le soldat principal, le joueur est plongé dans un conflit entre une société militaire privée (SMP) et un groupe terroriste, le KVA, désireux de détruire l’ordre mondial en le replongeant à un âge archaïque. Bien que les motivations soient toujours délicates à appréhender, le scénario est globalement bien ficelé, offrant régulièrement des rebondissements et des missions variées. Kevin Spacey, en Jonathan Irons, chef de la SMP Atlas, crève l’écran par son aura maléfique, sa volonté de pouvoir et son jeu d’acteur. Les cinématiques en CGI sont sublimes et viennent renforcer le scénario entre chaque mission ce qui n’avait plus été le cas depuis longtemps dans cette série. Le studio Sledgehammer a fait un très gros travail d’écriture et de casting. Bon, j’exagère un peu mais disons que cette campagne solo étalée sur 6-8 heures est assez variée pour qu’on ne s’ennuie jamais, ce qui serait un comble dans un CoD, et propose diverses situations qui mettent en avant les idées de gameplay, sans toutefois les sublimer. On est ainsi propulsé aux commandes d’un avion, d’un tank, d’un bateau, d’une sorte de robot; on est amené à évoluer dans plusieurs décors: l’Arctique, des villas à investir, des grottes, des bâtiments, des villes aux ruelles étriquées, etc. Le scénario permet donc de se refaire la main en passant en revue les nouveautés de Advanced Warfare comme l’EXO, cette combinaison à la « crytek », n’ayons pas peur des mots, qui renforcent certains aspects physiques (force accrue, saut plus haut etc). L’histoire se suit agréablement, sans qu’elle soit bouleversante non plus. De toute façon, ce n’est pas ce qu’on demande à un Call of Duty, et il faut donc arrêter de juger ce jeu simplement parce que d’autres font des choses différentes. CoD reste et restera un FPS couloir, scripté et relativement bien foutu pour proposer une histoire entraînante avec de l’action. Et d’un côté, tant mieux.

Gideon Desktop

Et BOUM ! Ah non..

Mais CoD: Advanced Warfare a des défauts, évidemment, et pas des moindres. En 2014, Sledgehammer a décidé de faire un melting pot de tout ce qui marche ou a marché dans les jeux vidéo: course-poursuite, infiltration, pont qui se détruit, attaque nucléaire, sauvetage de dernière minute, personnage qui survit à des destructions de centrales mais qui meurent bêtement par la suite etc.. On sent la volonté de bien faire de la part du studio d’Activision mais on a de la peine à trouver les éléments innovants de Sledgehammer. Et puis le gros défaut de ce nouvel opus concerne sa physique. Aucune trace d’éléments du décors qui peuvent être détruits « par accident »: Battlefield avait au moins le mérite d’avoir un moteur physique next-gen, ici ce n’est pas le cas. Tout est ultra scripté: prenons une scène horrible où il faut traverser une autoroute (à 7mn). Les voitures sont très mal modélisées, les conducteurs continuent de rouler peinard alors que tout le monde se tire dessus d’un côté comme de l’autre de la route, et il est nécessaire de la traverser. On a l’impression d’être dans Mario Kart avec le circuit des voitures. Elles ne s’arrêtent pas, et si par malheur le joueur se loupe et se prend une voiture, c’est la mort instantanée pour le joueur mais la voiture, elle, continue d’avancer tranquillement. D’autres exemples me viennent en tête: il suffit de lancer une grenade pour voir que rien ne se détruit en dehors des ennemis. J’espère donc que les FPS next-gen tenteront quand même d’améliorer ces défauts par la suite, sous peine de ne voir que des couloirs un peu plus beaux chaque année. En parlant de beauté, ce CoD est assez troublant. Certains décors sont honnêtes et d’autres terriblement moches. Je vous ai parlé des véhicules mais la première scène de l’introduction qui s’ouvre sur Séoul fait peine à voir. Sûrement que les artistes d’Activation étaient occupés sur Destiny. C’est la seule excuse que j’ai pour Sledgehammer.

Call of Duty: Advanced Warfare est donc une assez bonne surprise. Je ne m’attendais pas à grand chose mais le scénario, classique au possible mais solide quand même, a réussi à captiver un peu d’attention en moi. La variété des missions contraste avec les décors assez fades finalement. On est plus occupé sur l’action qu’à se balader et à observer. Et IL NE FAUT PAS LE FAIRE, sous peine de voir ses yeux sortir de leurs orbites. Kevin Spacey est sans aucun doute la grande attraction d’AW et on peut espérer voir d’autres acteurs se mettre aux jeux vidéo bientôt. Côté gameplay, rien d’extraordinaire, mais tout est calibré et calculé: on sent une grande maîtrise de la part de Sledgehammer et certaines nouveautés, comme le double saut et l’EXO, amènent un côté aérien encore peu exploré dans cette série. Un bon moment donc mais qu’on oubliera assez rapidement, comme chaque année. Ceci dit, cette campagne solo ne permet pas de véritablement prendre du plaisir avec les nouveautés: il faudra donc passer sur le multijoueurs pour prendre conscience de l’immense travail effectué sur Call of Duty. Quasiment un autre jeu… pour un autre test.

Editeur: Activision
Studio: Sledgehammer Games
Testé sur PC.
Le test du multijoueur viendra plus tard