D’un point de vue de journaliste, la fin d’année s’apparente à un sprint final après un long marathon. Tant de sorties, tant de jeux à tester et si peu de temps… A nos côtés, deux titres qui s’assemblent, se ressemblent et se font face constamment à la même période: Call of Duty et Battlefield. Après avoir posés nos mains sur Black Ops IIII, voici notre avis sur son concurrent, Battlefield V, qui s’en retourne à la Seconde Guerre Mondiale. 

On l’avait repéré à la Gamescom l’été dernier, on a participé à sa bêta et on a finalement tester sa version finale sans pouvoir, malheureusement, apprécier son mode Battleroyale prévu pour le début d’année 2019. Alors que dire de plus sur un titre qui s’échine, année après année, à nous faire croire qu’il s’agit d’une toute nouvelle expérience ? Pas grand chose, évidemment. A ceci près qu’en réalité, il n’y a pas grand chose à dire de négatif, ou du moins de nouveau concernant ce qui fait le sel d’un Battlefield. On se retrouve dans des environnements sublimes, des cartes destructibles, le tout marqué par un sound design toujours au top. La Seconde Guerre Mondiale se veut plus dynamique que sa grande soeur sortie deux ans auparavant (Battlefield 1, 2016). Exit les tranchées boueuses, place à des environnements plus urbains, plus étendus mais toujours autant bordéliques.

L’un des points centraux des premiers Battlefield, et notamment de BF2, résidait surtout dans sa capacité à faire de chaque escouade une sorte de petite force de frappe capable de réaliser quelques exploits, d’évoluer ensemble et de capturer ou tenir des points par elle-même. Les autres opus auront éclipsé cette stratégie afin de mettre en avant l’exploit individuel. Dans le cas de BFV, on revient tout de même un peu aux sources grâce à des mécaniques d’escouade mieux développées mais on reste encore loin de ce qu’il se faisait par le passé. La faute surtout à une volonté de faire de l’action le point d’orgue de BFV. A aucun moment, les développeurs de chez DICE ne se sont demandés s’il fallait NE PAS mettre de l’action dans leur jeu. Chaque partie est ainsi pensée comme une accumulation d’actions: des obus tombent constamment, des gens crient, des tirs fusent, des joueurs courent, des grenades sont lancées et à force, il semble qu’il n’y ait aucun répit dans tout cela alors même que ce qui faisait la force des premiers opus, et ce dont, à titre personnel, je regrette l’absence, concernait surtout la construction cohérente d’une stratégie d’équipe.

Ceci dit, qu’en est-il réellement sur le terrain ? Les escouades de BFV ont sensiblement plus d’importance mais ne sont pas fondamentales pour la victoire. Les respawn d’escouade ont été mieux pensés et les mécaniques des spécialisations de chacun offrent des bonus conséquents. Par exemple, le médecin arrivera à relever plus vite quelqu’un de son escouade (et ainsi se faire plus de points) qu’un autre joueur, ce qui le poussera à suivre son escouade, du moins jusqu’à ce qu’il se fasse dégommer par un sniper ou un obus tombé de nulle part. On en revient ainsi au game design de DICE, un game design si peu recherché qu’il en résulte toujours une unique tendance: le bordel. La guerre reste ainsi peu recherchée, on ne fait que courir dans de jolies rues pour se faire exploser quelques mètres plus loin par un char qui passait par-là. On ne fait que réapparaître constamment pour mieux disparaître au milieu de nos camarades qui tentent tous désespérément de passer par la petite entrée de cette église tenue pourtant par 10 ennemis.

En dehors de tout cela, BFV continue de s’étendre grâce à une interface au top, un système de progression plus engageant et une variété des modes qui offrent une diversité bienvenue dans le contenu. Le nouveau mode « Grand Operation », en réalité une amélioration de ce qu’il se faisait dans BF1, permet de vivre des batailles plus intensément que jamais sur une période de trois jours (in game) sous couvert d’une légère narration. Ce contenu, justement, est bien fourni malgré l’absence de son mode Battleroyale. Pour « compenser » cela, DICE s’est également attelé à recréer des petites campagnes solo variées qui, par moment, sont la véritable surprise de ce nouveau Battlefield. Attention, je ne vais pas jusqu’à dire que c’est exceptionnel, mais il est clair qu’on sent que MGSV et Far Cry sont passés par-là puisque ces petites campagnes ouvrent sur des cartes plus grandes, pas forcément scriptées et permettant au joueur d’envisager diverses possibilités d’action. C’est peut-être dans cette direction qu’il faut que DICE se dirige pour ses futurs projets puisque l’ensemble ne demande qu’à être amélioré et affiné.

En attendant Firestorm, le mode Battleroyale, Battlefield V s’apparente à une redite, avec ses défauts et ses points positifs et un contexte de Seconde Guerre Mondiale qui pourrait être tout autre tant il est aseptisé au possible. On peut le traverser sans même entendre le mot « Nazi », ce qui s’apparente tout de même à un sacré exploit. En terme de gameplay, les mécaniques restent très fluides et offrent de bons moments mais le game design pousse les joueurs à simplement foncer dans le tas, mourir, et revenir le plus vite possible sans jamais leur permettre d’établir un semblant de tactique. Il est ainsi possible de regretter finalement que le travail sur cet aspect n’ait pas été affiné.