On l’avait vu à la Gamescom cet été et bien que très plaisant visuellement, ce Battlefield 1 nous avait tout de même laissé un tantinet sur notre faim. C’est donc avec toute la prudence du monde et le pas peu assuré d’un homme destiné à mourir rapidement que nous avons plongé dans la boue de la Première Guerre Mondiale.

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Commençons par évacuer les banalités. Ce Battlefield 1 est terriblement sexy, voire sublime par moment. Techniquement à la pointe, malgré quelques petits bugs récurrents à la série, et une nouvelle fois soutenu par le moteur Frostbite, Battlefield 1 exprime la Première Guerre Mondiale de la manière la plus réaliste qu’il soit à l’heure actuelle. De la boue qui se met sur les armes, des tranchées ultra-réalistes, du climat qui change véritablement les approches et des décors destructibles, tout est fait pour rendre l’expérience PGM particulièrement prenante. Ajoutés à cela un sound design travaillé qui cristallise l’action à chaque balle ou obus qui tombe et une bande-son par moment savoureuse et vous obtenez ce qui se fait de mieux en la matière aujourd’hui. La mise en scène est également au centre de l’expérience Battlefield 1. On y voit toute la misère d’une guerre sans fin, de ces hommes tombés au front pour rien, de ces soldats perdus au milieu du No Man’s Land, pleurant et se prenant la tête entre leurs mains avant d’être froidement emportés par l’horreur. Bien que peu nombreux, ces petits détails offrent à ceux qui traverseront ce Battlefield 1 un regard particulier sur l’affreuseté d’une guerre qui s’est déroulée voilà pile un siècle.

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Les Battlefield précédents avaient très clairement eu de la peine à proposer une campagne solo digne de ce nom et cette dernière faisait bien souvent plus office de démo technique et de tutoriel qu’autre chose. Si DICE a tenté de changer un peu ces aspects, il ne faut pas s’attendre non plus à un véritable bouleversement. La partie solo se traverse donc en un peu plus de 5 heures et se divise en plusieurs parties. On incarne à chaque scénario un nouveau soldat qui va devoir affronter différentes situations, des tranchées sur le front français aux Dolomites italiennes en passant par le désert arabe. Cette variété est la bienvenue et, chose surprenante, chaque histoire ne se termine pas forcément très bien. Il faut donc oublier l’image du héros américain qui traverse la guerre en fumant des casques à pointe à la pelle avant de s’ouvrir une bonne canette de coca-cola, le pied sur une montagne de cadavres et le regard perdu au loin vers 39-45. Mais malgré quelques bonnes idées de mise en scène (les passages en avion et le côté infiltration au côté de Lawrence d’Arabie), difficile de vraiment se prendre au jeu. On traverse tout droit ces petits scénarios sans réussir à découvrir tout ce que le jeu a à nous offrir, la faute peut-être à un level design des cartes trop classique pour une partie solo. On reste donc sur notre faim tant on sait que la PGM a de quoi raconter des histoires tragiques et humaines. On sent que DICE touche à quelque chose sans vraiment arriver à gratter cette idée jusqu’au bout. Dommage.

Mais un Battlefield vaut surtout pour ses parties multijoueurs. De ce côté, il faut bien se dire qu’il est maintenant impossible d’abattre un avion ou un tank avec des roquettes lasers, de placer des mines de proximité ou de disposer de mitrailleuses stables. La Première Guerre Mondiale, c’est surtout tout un tas de pétoires qui ne tirent pas droit. Difficile dans ces conditions d’abattre plus d’un ou deux ennemis de suite, ce qui ajoute un côté réaliste à la guerre vu que, comme vous le savez, plus de 9 millions de personnes ont trouvé la mort durant la Grande Guerre. Donc on meurt souvent, on râle sur le netcode un peu pété, on s’insurge face aux nouvelles classes élites qui sont juste indestructibles selon les situations, mais on prend plaisir à évoluer sur certaines cartes, à tenir des positions coûte que coûte, à jouer avec des copains et à se rendre compte que, tout de même, la guerre, ce n’est pas si drôle que ça. Le mode « Opérations » retranscrit parfaitement ces situations. Cette nouveauté de Battlefield 1 permet aux joueurs de s’affronter sur d’immenses territoires tandis qu’une partie défend des points alors que l’autre tente de les prendre. On assiste donc à une vraie guerre de position, de tranchées où le travail d’équipe, la chance et un peu de culot auront raison des attaques ou défenses ennemies. On se bat donc pour chaque petites portions de territoire. Définitivement le mode le plus intéressant à jouer et le plus impressionnant.

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Le côté multijoueurs vaut donc le détour mais reste frustrant par moment. On se fait toujours sniper par des mecs à des kilomètres sans trop comprendre comment ils ont fait pour tirer entre un rocher, un tank, un zeppelin et tout de même réussir à nous viser à travers la minuscule lucarne d’un bunker. Heureusement, chaque partie dispose d’une saveur unique. On ne revit jamais les mêmes situations, qui changent en fonction des adversaires, des coéquipiers et des positions. Le tout semble également enrobé d’un côté « aléatoire » qui fait qu’on meurt souvent injustement. Mais la guerre est injuste elle-même. Alors on se contente de jouer les troufions, les incapables, les gênants, les nullos, les noob. Mais qu’importe, la guerre n’a jamais été l’apanage des héros. Petite mention spéciale aux cartes des Dolomites, aux tranchées françaises et à celles mettant en avant des environnements urbains. On progresse dans ces ruelles doucement, on espionne chaque coin de rue et on avance avec prudence afin de prendre l’ennemi par revers, de quoi raviver quelques souvenirs à ceux qui jouaient à Battlefield 2.

Ce Battlefield 1 demande une bonne connaissance des cartes et une grande assiduité afin d’être maîtrisé dans sa globalité. Et si vous n’êtes pas un joueur invétéré mais que vous avez tout de même envie de participer à la gueguerre, prenez votre mal en patience, jouez-y sans vous frustrer, tentez de tenir des points plutôt que de chercher à éliminer le plus d’ennemis. Vous serez plus utiles à votre équipe et prendrez de l’importance dans la victoire parce que ce Battlefield 1 pousse les joueurs à gagner à tout prix. Finalement, il s’agit peut-être du meilleur épisode de la série, celui qui a su regrouper tout le savoir-faire de DICE pour offrir aux joueurs des affrontements épiques, des situations variées et des cartes parfois injustes mais qui poussent les participants à trouver de nouvelles solutions à chaque partie. En plus de ça, Battlefield 1 dégage indéniablement une certaine puissance visuelle qui vaut le détour. Une immersion dans les tranchées, la boue et le désastre qui surprend en bien.