Et si cette année, le cru 2020 d’Assassin’s Creed se révélait innovant, majestueux, mystérieux et doté d’une âme profonde ? Ubisoft nous propose à chaque fois une bouteille qu’on a pris l’habitude de servir au milieu du repas, quand tout le monde a déjà entamé les festivités et qui sans surprendre ni décevoir, coule dans les gosiers rapidement. Un vin qui passe bien mais qui n’est pas celui qui nous fera frémir le palais de plaisirs. Or, le cru 2020 semble pourtant d’un autre acabit. L’étiquette est la même, la couleur également mais la saveur semble légèrement… plus ronde et douce. Serait-ce les signes d’une maturation arrivée à son terme ?

Deuxième cartouche de novembre pour Ubisoft après Watch Dogs: Legion, Assassin’s Creed: Valhalla emmène le joueur découvrir l’histoire d’Eivor, un personnage qui peut être homme ou femme, viking de son état. Direction la Norvège et l’Angleterre pour parcourir des plaines enneigées, brumeuses ou dorées par le soleil nordique. Un voyage qui prend des aspects de conquête au fur et à mesure et qui va surtout mettre en lumière les qualités narratives d’Ubisoft. C’est sans doute ce qui change d’avec les deux précédents opus. Rappelons que depuis Origins, la série AC s’est réinventée et si Odyssey avait été ce plat trop grand à engloutir, Valhalla est lui bien mieux cuisiné. Les personnages, d’abord, semblent plus vivants, plus intéressants et possèdent des caractères idoines. Les tensions entre clans vikings, les volontés de pouvoirs de certains rois, les paysans désespérés ou les assassins froids et mystérieux, voilà un cocktail mieux géré et équilibré. L’histoire d’Eivor est certes classique, enfant ayant perdu sa famille à l’exception de son grand frère et qui va chercher vengeance avant de tenter une autre vie en Angleterre, le tout en découvrant le conflit séculaire entre Templiers et Assassins. Une manière subtile et agréable de poser les bases narratives de cette énième redite. Eivor n’est donc pas un Assassin et ne le sera pas vraiment tout au long de l’aventure bien qu’il apprenne et travaille pour cette mystérieuse organisation. L’autre « histoire », plus personnelle cette fois, pousse Eivor à arpenter une Angleterre divisée en royaumes afin d’unifier cette terre mais surtout faire reconnaître son clan qu’il partage avec son grand frère, Sigurd.

Durant cette aventure, Eivor va devoir gérer et améliorer son village. Cette mécanique s’inscrit dans l’idée que les vikings, étant des pillards et des ravageurs, vont devoir effectuer des raids sur des villages voisins afin de récupérer des ressources pour mieux développer le leur. Il en ressort quelques problèmes notables qui font qu’Assassin’s Creed: Valhalla peut être lassant à force. Le premier concerne le scalling des niveaux. Eivor dispose d’un arbre des talents légèrement incompréhensible qui, rapidement, ne sert à rien. On ne s’y attarde pas, on active des petites cases par-ci, par-là qui nous donnent des statistiques en plus sans véritablement chercher une cohérence de gameplay. Cet arbre va déterminer notre niveau général de puissance. Pour augmenter cette dernière, il faut réaliser des quêtes et combattre afin de gagner de l’expérience. Une fois un niveau monté, on gagne des points de compétence à dépenser dans notre arbre ce qui augmente notre niveau de puissance. Et lorsqu’on regarde la carte, on peut voir des villages à piller nécessitant un certain niveau de puissance. On est donc contraint de réaliser tout un tas d’actions préalables pour monter notre niveau de puissance avant de pouvoir piller et ainsi améliorer notre village, ce qui prend au final beaucoup de temps. L’autre problème majeur qui ressort de ce système concerne la furtivité et la discrétion. Les développeurs ont remis à jour la discrétion dans les zones à risque. On met sa petite capuche, on se fond dans la foule en effectuant des tâches diverses et on observe la ronde des gardes. Lorsqu’on se trouve dans un village, la furtivité prime, c’est un Assassin’s Creed au final. Mais une fois tous les gardes éliminés, il est impossible de récupérer les ressources du village sans lancer un raid. Frustrant vous dites ? Je vous comprends. Mais pourquoi cela ? Eivor est incapable d’ouvrir certaines portes ou de gros coffres seul, il doit avoir l’aide d’un compagnon. Or, lorsqu’il y a un raid sur un village, des troupes vikings lancent l’assaut et combattent les gardes. Il est alors possible d’accéder aux ressources rares du village, ressources nécessaires pour notre clan, en appuyant sur un bouton devant une porte ou un coffre afin de faire appel à un compagnon. Un procédé qui rend la furtivité presque inutile puisqu’il sera plus rapide de s’en passer et de directement lancer un raid. Ubisoft semble ainsi revoir certaines mécaniques tout en indiquant au joueur qu’elles ne servent à rien. Frustrant vous ai-je dit.

Si mécaniquement, Assassin’s Creed: Valhalla ne déroge en rien de ces deux prédécesseurs, il apparaît comme mieux agencé dans son level design. Je ne sais pas si c’est l’Angleterre ou la période choisie, mais le IXème siècle semble plus propice à un Assassin’s Creed. Origins et Odyssey étaient, à mon goût du moins, trop fantasques. Avec Valhalla, on retrouve un design général qui sied plus à la série. Cet effet, accompagné par une qualité graphique, un doublage anglais parfait et une ambiance générale sublime, offre à ce jeu une certaine perspective différente, comme si l’univers anglais, les boucliers ronds, les couleurs noires et les plaines refroidie par un soleil nordique se rapprochaient de l’essence de cette série. A noter qu’il y a une véritable inspiration de Tolkien dans l’idée du voyage sur ces terres. Ubisoft a donc ici sorti les petits plats pour proposer un jeu d’une qualité élevée du point de vue de l’atmosphère et de l’ambiance et rien que pour cela, Valhalla peut valoir le détour si vous aimez les open world interminables. Parce que oui, Assassin’s Creed: Valhalla est un jeu Ubisoft et qui dit Ubisoft, dit carte gigantesque avec plein de petits points à découvrir. Alors oui, la carte est un peu plus petite qu’Odyssey (et tant mieux) mais elle n’en reste pas moins énorme avec une foule de choses à voir et à découvrir. Des quêtes jalonnent l’aventure, comme si Ubisoft avait peur qu’on s’ennuie. C’est d’ailleurs un peu le problème majeur de cette série. Comparée à Red Dead Redemption 2, qui ne s’offusquait pas de ne rien mettre sur le chemin du joueur, ou alors uniquement de manière subtile, Valhalla fourmille à nouveau de points blancs ou jaunes, signes d’une quête, événement ou trésors à découvrir. L’exploration se fait alors plus par nécessité que par plaisir. Et sachant qu’il va falloir quelques ressources pour son village, on se sent d’autant plus obligé d’en faire un maximum, élaguant ainsi l’intensité narrative. Ceci étant dit, l’exploration, et d’une certaine manière les combats, permettent parfois de lancer des quêtes ou de trouver de l’équipement. Si les armes et autres brassards pleuvaient littéralement sur le joueur dans Origins et Odyssey, Valhalla est radical : il va falloir améliorer ce qu’on a parce qu’on ne trouve que rarement du loot. Préparez-vous à garder votre hache de base un bon moment par exemple. L’exploration, la découverte de puzzle ou de grottes et la complétion des objectifs secondaires peuvent donc être une source bienvenue pour mieux s’équiper.

Assassin’s Creed: Valhalla semble enfin proposer un jeu d’une qualité supérieure à ses prédécesseurs. Mieux agencé, mieux narré, et plus immersif que jamais, il ravira les fans et fera plaisir aux curieux qui avaient sans doute lâché un peu la série. Sans se révolutionner (mais est-ce encore possible?), il n’en reste pas moins plus agréable. Oui, la furtivité ne sert pas à grand chose dans les moments où on voudrait qu’elle soit utile, oui, les batailles restent un peu bordélique (mais chouettes) et oui, l’arbre des talents n’a d’impact que parce qu’il est une fiche excel stylée. Mais Valhalla est beau par moment, cool à découvrir et offre une certaine prestance. Eivor est très certainement le meilleur personnage de ces trois derniers reboot et son histoire se suit facilement. Au final, on ressort avec un titre qui n’est pas extraordinaire mais qui est de bonne facture et qui montre qu’Ubisoft est capable d’aller chercher ce qui manquait à cette série depuis un moment, un peu d’âme.